La catastrophe consécutive à la rupture d’un barrage au sud Laos, le 23 juillet, vient de conduire le gouvernement d’un régime au fonctionnement opaque à prendre les mesures qui s’imposaient : tout projet hydroélectrique en attente du feu vert des autorités est suspendu jusqu’à nouvel ordre. Les barrages en cours de construction vont par ailleurs faire l’objet d’un rapport pour évaluer la solidité de leurs constructions. Telles sont les décisions qui ont été prises lors d’un conseil des ministres extraordinaire, les 6 et 7 août, et dont les médias officiels se sont fait récemment l’écho.

Le bilan du désastre du mois dernier est, officiellement, de 36 morts. Mais le nombre de victimes devrait être beaucoup plus élevé, une centaine - ou des centaines, selon les sources- de villageois de la province d’Attapeu, qui jouxte le Vietnam et le Cambodge, restant portés disparus.

Au lendemain d’un désastre qui avait conduit le premier ministre Thongloun Sisoulith à organiser une conférence de presse, ce qui est exceptionnel. Les autorités laotiennes s’étaient efforcées d’expliquer l’accident par les fortes pluies qui auraient fait déborder le barrage auxiliaire en construction. Mais trois jours plus tard, un responsable de haut rang déclarait anonymement à Radio Free Asia (RFA) que le désastre avait été causé par un défaut de construction . Ce qui revenait à impliquer, outre une compagnie d’Etat laotienne, les entreprises thaïlandaises et coréennes finançant ce projet sur un affluent du Mékong…

La « batterie de l’Asie du sud-est »

La Mekong river commission (MRC), une organisation internationale chargée de coordonner la gestion du bassin du grand fleuve, et qui réunit Vietnam, Laos, Cambodge et Thaïlande, a applaudi, mercredi 15 août, une décision qualifiée de « progressive ». Dans un communiqué, la MRC espère que soit ainsi « inaugurée une ère d’espoirs pour le développement d’un développement plus harmonieux et plus durable de l’une des plus grandes rivières du monde »

Si les promesses du gouvernement laotien sont suivies d’effets, il pourrait s’agir là d’un tournant dans la stratégie de développement de cette nation enclavée où 46 installations hydroelectriques sont déjà en fonctionnement et 54 en construction. Le but affiché du Laos est de devenir la « batterie de l’Asie du sud-est ».

Le régime à parti unique laotien soutient que l’argent généré par la vente d’électricité permettra de réduire la pauvreté. Mais, selon des experts cités par RFA, une partie de cette électricité achetée par les voisins du Laos serait ensuite revendue à ce dernier à des taux plus élevés.

Pour l’heure, il s’agit de prémunir d’autres désastres. Le gouvernement se veut ferme, rapporte le quotidien anglophone officiel Vientiane Times : « toute irrégularité trouvée dans la conception ou la construction d’un barrage devra être immédiatement signalée ».

La catastrophe a suscité des remous, sur internet, dans un pays où nulle dissension n’est tolérée. La semaine dernière, des travailleurs migrants laotiens en Thaïlande ont organisé une -rare- manifestation devant l’ambassade du Laos à Bangkok, demandant que le gouvernement de leur pays assume la responsabilité du désastre.

Par Bruno Philip - Le Monde - 17 Août 2018