Lors d’une conférence organisée à Singapour mardi, la conseillère d’État de la Birmanie Aung San Suu Kyi, qui dirige de facto le gouvernement, a fait le bilan de la transition démocratique dans son pays.

Le danger du terrorisme, à l’origine, à ses yeux, de la crise humanitaire des Rohingyas dans l’Arakan, demeure réel aujourd’hui, rapporte le South China Morning Post.

Le 24 août 2017, des attaques simultanées de plusieurs postes de police à la frontière avec le Bangladesh par l’Armée de secours aux Rohingyas (insurrection armée dans l’État d’Arakan) avaient entraîné de violentes représailles de l’armée birmane contre les villages Rohingyas, une minorité musulmane discriminée depuis des décennies dans le pays.

Ces violences ont provoqué la fuite de plus 700 000 personnes vers le Bangladesh voisin. Elles vivent toujours dans un dénuement extrême. À Singapour, Aung San Suu Kyi a déclaré à ce sujet :

Si ce défi de la sécurité n’est pas pris en compte, le risque de violence intercommunautaire demeurera. C’est une menace qui peut avoir des conséquences non seulement en Birmanie, mais aussi dans d’autres pays de la région.”

Les Nations unies et la communauté internationale ont accusé les forces de sécurité birmanes de nettoyage ethnique à l’égard des Rohingyas, note le Myanmar Times. Pourtant, ajoute de son côté le South China Morning Post, la Prix Nobel de la paix 1991 a défendu la manière dont son gouvernement a pris en charge la situation en Arakan.

Réforme constitutionnelle

Dans sa conférence, elle a souligné les mesures prises pour résoudre la crise, notamment l’accord signé avec le Bangladesh afin d’organiser le retour des réfugiés. Elle n’a pas précisé de calendrier, indiquant que le Bangladesh joue un rôle central dans la rapidité de ce retour.

The Irrawaddy souligne combien la conseillère d’État a insisté sur la nécessité de réformer la Constitution afin de “parachever la démocratie”.

Nous avons besoin d’une véritable Constitution démocratique. Nous n’avons pas encore réussi, mais nous atteindrons notre objectif à force de négociations et par des évolutions.”

La Constitution actuelle, adoptée alors que la junte était encore aux affaires, garantit à l’armée une minorité de blocage au Parlement et des portefeuilles clés dans le gouvernement.

Le Myanmar Times reprend une question posée par un étudiant sur l’éventualité d’une prise de pouvoir par les militaires, à laquelle Aung San Suu Kyi a répondu :

Notre relation avec les militaires n’est pas mauvaise.”

Elle a incité la communauté internationale à la patience avec la Birmanie, estimant que le pays “fait face à de nombreux problèmes urgents”.

Courrier international - 22 Août 2018