Le festival intitulé "Voyage sur la lune" organisé à Hanoï avait rassemblé ce week-end de septembre plusieurs centaines de personnes. Et comme toujours la drogue y circulait.

Mais la mort des sept jeunes gens, qui se sont effondrés en plein spectacle, a choqué le pays et les autorités ont "temporairement suspendu l'octroi de licence pour ce type d'événement".

"Au Vietnam c'est impossible de savoir ce que l'on prend" comme drogue dans les festivals, témoigne Quang Anh, un jeune amateur de musique et de substances hallucinogènes, interrogé par l'AFP dans un café de Hanoï, sous couvert de l'anonymat.

Meme les petits trafiquants quadrillant les festivals ne savent pas vraiment la composition de leurs pilules magiques, "ce sont juste des gamins vendant de la dope", ajoute Quang, âgé de 24 ans.

Les tests sanguins sur les sept victimes ont révélé la présence d'ecstasy, de méthamphétamines et de marijuana.

Au Vietnam comme ailleurs en Asie, l'électro séduit de plus en plus. Au Vietnam, Saïgon (rebaptisée Ho Chi Minh Ville) reste la capitale économique et de la fête, mais même l'austère Hanoï, plus connue pour ses jolies maisons coloniales, s'était laissée séduire.

Dans les festivals, ecstasy et méthamphétamines sont souvent associés à l'inhalation de ballons remplis de gaz hilarant baptisés "funky ballons".

Les séances de prises de drogue, "bay phong" en vietnamien, se faisaient jusqu'ici en toute discrétion, mais avec l'émergence des festivals de musique électronique ces dernières années, la consommation a migré vers ces rassemblements, aubaine pour les trafiquants.

Ils sont prêts à risquer de lourdes condamnations dans ce pays autoritaire possédant une des législations anti-drogue les plus répressives au monde: la possession ou le trafic de 600 grammes d'héroïne ou de plus de 2,5 kilos de méthamphétamines est passible de la peine de mort.

Et les junkies sont envoyés dans des centres de désintoxication d'Etat dénoncés comme des prisons déguisées.

-Industrie florissante-

L'industrie de la musique électronique a généré plus de six milliards d'euros de chiffre d'affaires à travers le monde en 2017, dont près d'un milliard pour la seule région Asie-Pacifique, selon le dernier rapport annuel de l'International Music Summit (IMS).

Mais au Vietnam, l'industrie très rentable des festivals electro est menacée par la décision des autorités de les suspendre "temporairement" - car aucune date de levée n'a été donnée deux semaines après le drame.

Le festival Ravolution, prévu fin septembre, a été annulé, et l'important festival Quest, prévu en novembre, sont sur la sellette.

Certains amateurs de festivals s'insurgent contre l'afflux de drogue depuis un an, ruinant le sens de la fête selon eux.

"Cela me met mal à l'aise quand je vois tous ces irresponsables", témoigne à visage découvert Tran Van Manh, spécialiste de nouvelles technologies et fan de musique électronique partageant sa passion sur son site "Trap Raver Team".

Le phénomène de la drogue n'est pas nouveau au Vietnam, pays voisin du Triangle d'Or, aux confins du Laos et de la Birmanie.

La zone de cultures d'opium est aujourd'hui parsemée de laboratoires illégaux fabriquant des drogues de synthèse.

L'opium et son dérivé l'héroïne tenaient le haut du marché au Vietnam jusqu'à peu. Mais désormais dans les festivals ce sont les drogues de synthèse qui continuent d'affluer malgré les opérations coup de poing de la police anti-drogue contre les laboratoires clandestins au Vietnam.

Quelque 80% des jeunes consommateurs de drogue des trois principales villes du Vietnam, Hanoï, Ho-Chi-Minh-ville et Haiphong sont des amateurs de drogues de synthèse, selon une récente étude du Center for Supporting Community Development Initiatives (SCDI), une ONG tentant d'aider les jeunes drogués à s'en sortir.

Elles "sont très populaires et faciles à trouver", se lamente Nguyen Thuy Linh, de l'ONG, voyant dans les récentes overdoses de Hanoï "un avertissement" à la communauté des ravers.

Depuis le drame, les fêtes se sont relocalisées dans des clubs plus petits, dans l'attente que le régime assouplisse ou lève son interdiction.

Agence France Presse - 28 septembre 2018