Ils disent craindre que cela mène au chaos. Les leaders de partis politiques et médias critiquent vivement cette interdiction.

Depuis le coup d’Etat de mai 2014, il y a une interdiction totale de toute activité politique : les rassemblements politiques dans la rue ou même les simples réunions à huis clos sont interdites. Ces restrictions ont été un tout petit peu allégées à la mi-septembre. Pour contourner ces restrictions, beaucoup de politiciens ont recouru aux réseaux sociaux pour exposer leur programme, discuter avec leurs membres à travers le pays ou pour critiquer la politique du gouvernement militaire. Comme les élections, prévues en principe entre février et mai prochain, approchent, l’activité politique s’intensifie et les échanges acerbes fusent sur Facebook entre les différents camps politiques. Le numéro deux de la junte, le général Prawit Wongsuwan a donc déclaré que les politiciens ne pouvaient pas « mener campagne » ou même « faire des posts politiques » sur Facebook et Twitter, car cela risquerait d’entraîner une série de procès judiciaires.

Les politiques offusqués par l'interdiction

La grande majorité des politiciens disent comprendre que des contrôles soient exercés sur les réseaux sociaux, notamment concernant les propos sur internet qui incitent à la haine et à la violence. Mais en l’occurence, l’un des posts sur Facebook qui a été incriminé par la junte était constitué de simples photos d’un convoi de voitures mené par un politicien provincial. Quand on voit comment le chef de la junte Prayut Chan-ocha mène campagne à travers tout le pays pour devenir Premier ministre après les élections, avec ses posters politiques déjà en place le long des routes de province, on peut se demander si les règles sont les mêmes pour tous.

Les réseaux sociaux, incontrôlable sphère publique pour la junte

Les généraux au pouvoir sont des hommes du passé. Ils sont totalement dépassés par ce qu’est la Thaïlande de 2018. Ils veulent garder un contrôle total de la situation, des comportements et des échanges politiques. Ils y parviennent dans l’espace public : les manifestations, les rassemblements, etc… Mais la grande menace pour leur pouvoir vient d’internet, car ces réseaux, dans le fond, ne peuvent pas être contrôlés. La junte a sollicité l’assistance du patron de Facebook, Mark Zuckerberg pour permettre des contrôles très stricts de ce réseau social, mais la firme américaine n’a pas donné suite. D’où une sorte de paranoia des généraux par rapport aux réseaux sociaux et une répression à tout va. Car ils sentent bien que c’est là ou ils sont le plus vulnérables.

Radio France Internationale - 1er octobre 2018