"Nous avons informé les autorités de Birmanie qu'une mission d'enquête arrivera en urgence dans le pays dans les prochains jours pour évaluer la situation sur le terrain", a expliqué la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, en marge d'une rencontre des ministres du Commerce de l'UE à Innsbruck, en Autriche. "Cette mission de haut niveau s'inscrit dans le cadre d'un éventuel retrait" d'un régime de préférences commerciales de l'UE dont bénéficie la Birmanie, a développé Mme Malmström. Il s'agit du régime "Tout sauf les armes". "Nous ne pouvons pas exclure ce résultat en raison de la violation flagrante des droits de l'homme en Birmanie", a-t-elle dit.

Cette initiative "Everything but arms" (EBA) permet aux pays les plus pauvres de bénéficier d'une exemption complète de taxes et de quotas sur le marché unique européen pour tous leurs produits, à l'exception des armes et des munitions. "Notre politique commerciale est fondée sur des valeurs. Ce ne sont pas que des mots. Nous devons agir lorsqu'il y a de graves violations", a expliqué Mme Malmström.

Les Rohingyas sont traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste. Plus de 700.000 d'entre eux ont fui en 2017 les violences des militaires birmans et de milices bouddhistes et se sont réfugiés au Bangladesh voisin où ils vivent depuis dans d'immenses campements de fortune. Fin septembre l'ONU a publié un rapport cinglant issu d'une mission d'enquête évoquant "assassinats", "disparitions", "tortures", "violences sexuelles" ou encore "travail forcé", des accusations rejetées par l'armée birmane.

Vendredi, Cecilia Malmström a également informé le Cambodge que Bruxelles allait lancer "la procédure de retrait de l'EBA", dont bénéficie aussi ce pays asiatique. "En ce qui concerne le Cambodge, nous sommes un peu plus avancés parce que nous y avons envoyé une mission de haut niveau cet été", a-t-elle détaillé.

Cette mission avait enquêté sur "la détérioration grave de la situation dans le domaine des droits politiques et électoraux, ainsi que sur les restrictions imposées aux activités de la société civile". Les dernières élections législatives en juillet, très controversées, ont été "marquées par du harcèlement et des intimidations", a ajouté la commissaire suédoise. "Nous avons avec (la Birmanie et le Cambodge) des voies de communication ouvertes (...) Il reste du temps pour apporter des améliorations", a-t-elle conclu.

Le Figaro avec Agence France Presse - 5 octobre 2018