L’expulsion vers les Etats-Unis, mercredi 17 octobre, d’une dissidente vietnamienne emprisonnée, n’est pas la manifestation d’une soudaine clémence du régime de Hanoï, qui se montre de plus en plus répressif en matière de droits de l’homme : la blogueuse et critique du pouvoir communiste Nguyen Ngoc Nhu Quynh, âgée de 39 ans, a été libérée de manière anticipée le jour où le secrétaire d’Etat à la défense américaine, James Mattis, effectuait une visite officielle au Vietnam.

En relâchant cette jeune femme incarcérée depuis 2016 et condamnée en juin 2017 à dix ans de prison pour « propagande contre l’Etat », Hanoï démontre l’importance que revêt la bonne tenue de la relation avec l’ancien ennemi américain dans le contexte de la montée en puissance régionale de la Chine, rivale de toujours des Vietnamiens. Ces derniers sont en conflit larvé avec Pékin au sujet des archipels des Spratleys et des Paracels, dont plusieurs pays d’Asie du Sud-Est revendiquent la souveraineté. Et, au premier chef, la Chine et le Vietnam.

Ce dernier pratique ainsi aujourd’hui ce que la Chine faisait avant le tour de vis autoritaire impulsé par le président Xi Jinping sur les droits de l’homme : expulser certains dissidents, quand il s’agit de faire un geste politique, lors d’une visite d’un dignitaire étranger.

Critique de la gestion d’une catastrophe environnementale

Sans compter que le régime de Hanoï recourt également, depuis un certain temps, à une stratégie d’« expulsions sélectives » de certains critiques emprisonnés. Entre autres exemples, le blogueur Dieu Cay avait été libéré en 2014 puis expulsé vers les Etats-Unis alors qu’il purgeait une peine de prison de douze ans. En juin 2017, l’universitaire franco-vietnamien Pham Ming Hoang avait été déchu de sa nationalité et expulsé vers la France. Un an plus tard, le 17 juin, l’avocat des droits de l’homme Nguyen Van Dai et son assistante Le Thu Ha avaient été libérés, avant de s’exiler en Allemagne.

Par Bruno Philip - Le Monde - 19 octobre 2018