Plus de 100.000 mini-crânes disposés sur le chemin d'un temple bouddhiste de Bangkok: c'est le défi lancé par l’artiste thaïlandaise Nino Sarabutra dont l’installation intitulée "What will you leave behind" ("que laisseras-tu derrière toi") fait partie de dizaines d’autres œuvres en exposition dans le cadre de la première Biennale d'art de Bangkok qui a débuté vendredi.

"Dans le bouddhisme, nous croyons que la mort est autour de vous -chaque pas peut être le dernier", explique la plasticienne, revêtue elle-même d'un T-shirt marqué d'un crâne en son milieu. Avec cette installation, l'artiste envoie son message au public par leurs plantes de pieds: "Chaque pas peut être le dernier. Si vous voulez laisser quelque chose derrière vous, vous devez le faire aujourd'hui".

Les temples sacrés de la ville, les sites historiques et les luxueux centres commerciaux accueillent les travaux d’artistes du monde entier jusqu’au mois de février.

Parmi les têtes d'affiche de l'événement réunissant 75 artistes, Marina Abramovich, qui viendra parler de son approche de la performance, ou encore des œuvres de Jean-Michel Basquiat ou de la Japonaise Yayoi Kusama.

Connue pour son obsession des pois, cette dernière s'est imposée comme une des artistes les plus cotées au 21e siècle. Dans le centre commercial hyper moderne de Siam Paragon, dans le centre de Bangkok, elle a ainsi installé des lanternes en gros champignons blanc et rouge, aux faux airs d'amanites phalloïdes flottant au milieu des escalators.

La décision d'organiser la biennale dans la mégalopole de l'Asie du Sud-Est a été annoncée l'an dernier à Venise, berceau de la toute première biennale créée en 1895.

"Bangkok a toujours été considéré comme la Venise de l'Est", a déclaré vendredi à l'AFP le directeur artistique Apinan Poshyananda, évoquant le fleuve Chao Phraya et ses canaux anciens. "L'idée avec cette Biennale est de faire de Bangkok non pas un centre mondial mais au moins une destination liée à l'art", explique Apinan Poshyananda, le directeur artistique de cette Biennale inédite, qui sème ses oeuvres sur 20 sites répartis entre les bords du fleuve et le quartiers des centres commerciaux.

Au Wat Arun, les touristes passent devant deux grands guerriers anciens avec des motifs chinois et thaïlandais. Les statues en fibre de verre sont comme fusionnées dans une installation appelée "Giant Twins" de l'artiste thaïlandais Komkrit Tepthian.

Des artistes d’autres pays d’Asie du Sud-Est (Indonésie, Singapour, Vietnam, Cambodge et Philippines) participent également, mettant en lumière les talents créatifs de la région et de la Thaïlande.

Nino Sarabutra, dont la création à base de mini-crânes s'intitule "Que laisserons-nous derrière?" estime que la Bangkok Art Biennale pourrait sensibiliser le monde à la scène artistique locale, tout en la rendant plus accessible en la faisant sortir des galeries haut de gamme. "Je pense que la biennale d'art rapproche l'art des gens."

En savoir plus sur le site Internet de la Biennale d'art de Bangkok : http://www.bkkartbiennale.com

Lepetitjournal.com avec Agence France Presse - 21 octobre 2018