Ce resserrement intervient sur fond d'une diversification diplomatique qui met en balance les anciens parrains, Chine, USA, France...

L'élection de Nguyen Phu Trong vient d'abord combler « un vide à l’intérieur du Politburo » (dit un analyste vietnamien) après la mort du président Tran Dai Quang le 21 septembre. Elle est aussi la confirmation d'un resserrement du pouvoir autour des conservateurs depuis 2016.

La gouvernance vietnamienne est fortement marquée par des divisions, ce qui inquiète le voisin chinois, pour qui il est nécessaire d’avoir un parti communiste fort à sa frontière méridionale et un pays stable. Benoît de Tréglodé, directeur de recherche à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire

Plus encore, en cumulant les fonctions de Secrétaire Général du Parti Communiste Vietnamien et de Président de la République, Nguyen Phu Trong obtient au Vietnam un statut équivalent à celui de Xi Jinping en Chine - son nom n'est cependant pas inscrit dans la constitution : ce double poste n'avait pas été institué depuis la mort de Ho Chi Minh en 1969.

Ce resserrement politique intérieur (130 personnes emprisonnées pour motifs politiques) contraste avec l'extraordinaire diversification diplomatique de la République Socialiste, qui comprend notamment un rapprochement avec les Etats-Unis poursuivi depuis 2011. Cette politique d'ouverture pesée pour ne pas dépendre d’un seul parrain n'est pas propre au Vietnam, elle s'inscrit dans une stratégie générale de « hedging » des puissances moyennes d'Asie du Sud-Est.

Depuis 20 ans, le Viet-nam est devenu une puissance régionale très active, il s’est réancré en Asie et il poursuit une politique de diversification extrêmement pragmatique pour répondre à l’omniprésence de son voisin chinois. Benoît de Tréglodé, directeur de recherche à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire

Pour le Vietnam, deuxième croissance mondiale en 2018 (6,6 %, 1 point au dessus de celle de l'Asean), la diversification est aussi une nécessité économique : une grande partie de sa stabilité dépend de sa capacité à assurer la montée d'une classe moyenne désormais installée, que les autorités ont pour objectif de hausser à 33 % de la population d'ici 2020.

Le "hedging" est aussi une stratégie d'équilibrage, dans le contexte des revendications (et tensions) en Mer de Chine ces dernières années. Aujourd'hui, le Viet-Nam n’a jamais été aussi proche de ses anciens adversaires, il a reçu le visite de James Mattis il y a quelques jours, Edouard Philippe s’y rendra en novembre ; et aujourd'hui débutent les premières manœuvres navales entre l'Asean et la Chine.

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Radio France Culture / Les enjeux internationaux par Xavier Martinet - 23 octobre 2018