Une initiative à laquelle l’artiste, réalisateur franco-cambodgien de Diamond Island, a répondu immédiatement par l’affirmative. Selon lui, la projection de films qui ne trouveront probablement jamais de salles susceptibles de les programmer au Cambodge est essentielle.

Une collaboration installée

L’idée a germé lors de conversations entre Bernard Millet, attaché culturel et directeur délégué de l’IFC et le réalisateur. Davy Chou et l’Institut français du Cambodge ont en effet déjà collaboré à de nombreuses reprises. En matière de cinéma franco-cambodgien, le réalisateur - né en région parisienne de parents cambodgiens - fait figure de proue. Précédé par d’illustres noms comme Rithy Panh, qui s’est depuis quelques années concentré sur un cinéma documentaire, en se focalisant notamment sur la période khmère rouge, Davy Chou a pris de son côté le chemin de la découverte du Cambodge contemporain et des défis de son avenir. Il en a notamment extrait toutes les caractéristiques de sa jeunesse dans son long métrage Diamond Island, remarqué à Cannes en 2016. Son documentaire Le Sommeil d’or lui avait auparavant permis de s’installer sur la scène cinématographique française

Après qu’une carte blanche lui a été accordée par l’IFC en mars 2017, Davy Chou avait émis le regret de n’avoir pas réussi à fidéliser un public khmer plus important pour assister à ces projections. Car il s’agit là du principal défi pour ce nouvel événement autour de Cannes : « Attirer un public d’expatriés n’est pas difficile, la plupart sont à l'affût de nouvelles sorties à Phnom Penh, et le festival de Cannes attire. Mais pour le public cambodgien, si Cannes reste un label incontestable, il a parfois du mal à mettre un contenu derrière, ou bien part du principe que ce cinéma ne lui est pas destiné ». Davy Chou souhaite donc, à travers cette semaine de projections, tenter de connecter un public non initié avec le cinéma qu’il apprécie et qu’il estime nécessaire de voir. Pour ce faire, il estime que l’IFC, avec qui il a collaboré à plusieurs reprises, propose l’équivalent d’une salle de cinéma d’art et essai en France et qu’il représente donc l’écrin idéal pour une telle initiative.

Cambodge et cinéma, les balbutiements

Davy Chou est bien placé pour le savoir, puisque son grand-père Van Chann fût l’un des plus grands producteurs de l’âge d’or du cinéma cambodgien dans les années 60 et 70. Jusqu’à l’arrivée des Khmers rouges, le Cambodge a vécu une période extrêmement faste cinématographiquement parlant. Mais la plupart des acteurs furent victimes du régime de l’Angkar, qui a systématiquement assassiné intellectuels et artistes. S’est ensuivie une longue traversée du désert jusqu’à nos jours. Mais désormais, de nombreux organismes tentent de raviver la flamme du septième art dans l’esprit créatif des Cambodgiens, notamment sa jeune génération. Ce processus passe notamment par l’action de différentes ONG, comme Pour un sourire d’enfant, qui a lancé sa propre école de cinéma, PSE Film School. De nombreux jeunes Cambodgiens montrent un intérêt particulier pour un cinéma différent de celui présenté dans les multiplexes des différents centres commerciaux du pays. L’initiative de Davy Chou peut permettre, selon lui et les responsables de l’IFC, d’ouvrir les portes de ce cinéma à un public réceptif parmi lequel certaines vocations peuvent être déclenchées. « Mon propre intérêt pour le cinéma a été éveillé alors que j’étais encore enfant. J’aimerais réellement pouvoir produire cet effet dans l’esprit de jeunes, voire très jeunes Cambodgiens ici. Je veux qu’ils puissent comprendre à quel point on peut être bouleversé par un film. Et les œuvres présentées à Cannes permettent souvent ce genre d’émotions », confie-t-il.

La diversité au cœur de la programmation

Le réalisateur et l’Institut français ont voulu sélectionner des films dans absolument toutes les catégories du festival, et ne pas s’arrêter à la compétition officielle. La Palme d’or, Une affaire de famille, de Hirozaku Kore-Eda, sera bien sûr projetée dès vendredi à 18h (avec sous-titres en français) et 21h (avec sous-titres en anglais), ainsi que Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzales et Ten years Thailand, de Aditya Assarat, présents également en compétition officielle.

Davy Chou a notamment sélectionné quelques long-métrages de la programmation de la Semaine de la Critique, dont Ultra Pulpe de Bertrand Mandico, Diamantino de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, Chris the Wiss de Anja Kofmel, ou encore Sauvage, de Camille Vidal-Naquet. Ces projections seront précédées d’une introduction par Charles Tesson, ancien professeur à la Sorbonne et figure emblématique du festival dont il est délégué général de la Semaine de la critique depuis 2011. Dans la sélection Un certain regard, Davy Chou a sélectionné plusieurs long-métrages, dont Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan et Rafiki de Wanuri Kahiu. Nombre de ces films ont été réalisés avec de petits budgets, ce qui n’est pas négligeable dans le choix du réalisateur, estimant nécessaire de montrer aux cinéastes cambodgiens en devenir que la réussite d’un film et son succès ne dépendent pas automatiquement de son financement.

Davy Chou fait la part belle aux réalisateurs asiatiques dans cette sélection afin de permettre aux jeunes Cambodgiens de s’identifier plus facilement, non seulement aux histoires qu’ils racontent et aux personnages incarnés à l’écran, mais également à leurs destins exceptionnels jusqu’aux marches rouges du plus grand festival de cinéma du monde.

Toute la programmation est à retrouver ici

Par Victor Bernard - Lepetitjournal.com - 23 octobre 2018