Il animera avec la journaliste Elizabeth Becker une conférence à l’Institut français du Cambodge mardi 30 novembre.

1970-1975. Le conflit vietnamien déborde sur le Cambodge, et de nombreux jeunes journalistes occidentaux se rendent au Cambodge pour couvrir cette guerre. Ils résident alors pour la plupart à l’hôtel Royal, rebaptisé Phnom sous le régime de Lon Nol. Jean-François Bouvet, neurobiologiste de formation et éditorialiste au Point, découvre en 2014 la carte de presse d’Elizabeth Becker, conservée au Royal. C’est l’élément déclencheur qui l’amène à s’immerger dans l’univers de la jeune femme, devenue depuis une journaliste à la renommée internationale. Très vite, il s’intéresse à d’autres correspondants et photographes qui couvraient la guerre au Cambodge entre 1970 et 1975.

Havre de guerre relate l’histoire de ces jeunes journalistes envoyés par leur rédaction depuis que l’armée américaine bombarde les positions vietnamiennes dans l’est du pays. Ils viennent des Etats-Unis, d’Italie, d’Allemagne, du Japon, de France, de Nouvelle-Zélande… certains sont des correspondants de guerre aguerries, pour d’autres, il s’agit d’une découverte de l’Asie et de la guerre. Rédacteurs et reporters d’images, beaucoup vont disparaître sur les routes poussiéreuses du Cambodge, à quelques dizaines de kilomètres de Phnom Penh, tandis que les Khmers rouges se rapprochent. En suivant Elizabeth Becker, Jean-François Bouvet rend compte du quotidien de ces journalistes, entre l’insouciance des soirées passées au Royal, les risques pris sur le front et la déliquescence du régime de la république khmère devant l’arrivée des hommes en noir.

Pour Jean-François Bouvet, ces correspondants sont indissociablement liés à l’histoire du Cambodge. « Le témoignage des journalistes sur la période 1970-1975 est bien sûr essentiel. Je pense par exemple aux livres de Jon Swain, d’Elizabeth Becker ou de Sydney Schanberg. » Autant de correspondants qui ont lié une relation à vif avec le Cambodge, et participé à leur manière au travail de mémoire du régime khmer rouge, fondamental pour l’auteur. « Une nation ne peut solidement se reconstruire après un tel cataclysme sans un travail de mémoire collective qui n’occulte rien de ce qui s’est produit. Cela dit, je considère que l’histoire précise du régime khmer rouge de 1975 à 1979 reste encore en partie à écrire. »

Pour écrire Havre de guerre, Jean-François Bouvet a rencontré de nombreux journalistes et témoins de la période. « J’ai été surpris par leur modestie, leur lucidité, leur disponibilité, leur bienveillance, leur amitié, souvent. Comme s’ils voyaient en moi une sorte de compagnon de route… à retardement. »

Havre de guerre, de Jean-François Bouvet, éditions Fayard, 220 p., prix indicatif 18 euros

Jean-François Bouvet et Elizabeth Becker animeront une conférence intitulée « Reporters d’une guerre ‘oubliée’ » à l’Institut français du Cambodge mardi 30 novembre à 18h30. Havre de guerre est disponible à la librairie Carnets d’Asie, dans les locaux de l’IFC.

Par Pierre Motin - Lepetitjournal.com - 28 octobre 2018