Des Archives nationales birmanes à un laboratoire en Italie jusqu’au grand écran au cœur d’un parc de la ville de Rangoun : c’est le chemin qu’a parcouru le plus vieux film birman encore en existence. Mya Ga Naing, la Jungle émeraude, inscrit au patrimoine régional de l’Unesco cette année, a été projeté lors du Festival international du film Memory!, samedi 10 novembre, devant des dizaines de Birmans.

Tourné en 1934, ce film, à mi-chemin entre le film d’action et la romance, qui se passe dans la jungle birmane, « revient de très loin » se rappelle Séverine Waermere, à la tête de l’organisation du festival, qui a restauré ce classique du cinéma birman : « le laboratoire s’est arraché les cheveux… la deuxième bobine était presque noire! Miraculeusement, on en a retrouvé une en Allemagne ».

Quand l’équipe française du Festival est arrivée pour la première fois en Birmanie en 2014, le ministre de l’Information de l’époque leur a posé une question : « Qu’allez-vous montrer comme films birmans ? ». « On leur a répondu : faites-nous voir ce que vous avez », raconte Séverine Waermere. Le constat est alors catastrophique : il reste seulement douze films birmans en noir et blanc dans les archives du pays, et aucun programme de restauration de l’héritage cinématographique n’existe.

Chaleur et humidité dans les archives birmanes

Pourtant, depuis 1920, la Birmanie a produit plus d’une cinquantaine de films par an : l’âge d’or du cinéma birman a eu lieu entre les années 1950 et 1970 avec près de 100 films originaux réalisés chaque année. « On a donc perdu 90 % de cet héritage », déplore Maung Okkar, dans son bureau où s’accumulent anciennes caméras et bobines. Ce Birman, fils et petit-fils de réalisateurs, a lancé en 2017 une association locale pour tenter de sauver le patrimoine cinématographique du pays, Save Myanmar Film.

Le réalisateur a demandé à plusieurs reprises au ministère de l’Information de rénover les archives du pays, situées à seulement quelques mètres de son bureau, sans succès. Un bâtiment sur deux étages, où les bobines sont entreposées sur des étagères en bois. « Regardez ce système de refroidissement… cela fait dix ans qu’il ne fonctionne plus », nous montre-t-il. La chaleur dans les pièces est frappante : « Normalement, il faudrait qu’il fasse moins de 4°C. Mais ici, la climatisation est à 20°C », ajoute Maung Okkar, avant de reconnaître, dans un rire gêné, qu’elle n'est allumée « que pendant les heures de bureau ».

Pas de programme de restauration

Outre les mauvaises conditions de conservations des Archives nationales, le patrimoine cinématographique birman souffre aussi de l'absence de programme de restauration du gouvernement. « Ce qu’on fait, ce sont les autorités qui devraient le faire. Mais chez eux, personne ne connaît rien à la préservation des films », accuse Maung Okkar.

« La restauration de Mya Ga Naing a été un peu un choc émotionnel, visuel et de mémoire », veut espérer Séverine Waermere : « je pense qu’ils ont compris que le patrimoine était en danger et qu’il faut faire quelque chose ». Selon l’organisatrice du festival, il faudrait maintenant « un programme global de recherche des œuvres dispersées dans le pays, chez les particuliers, de reconstitution de la collection nationale, de numérisation et de restauration des principales œuvres. »

Contacté, le ministère de l’Information rappelle que début 2018 « une coopération s’est mise en place avec l’Unesco et Save Myanmar Film pour former notamment le personnel à la préservation des films » et que « des dispositions ont été prises pour numériser les classiques birmans avant la célébration du 100e anniversaire du cinéma dans le pays », en 2020.

Maung Okkar, de Save Myanmar Film, a, lui, reçu beaucoup de réponses négatives des autorités à ses propositions, faute de budget. « J’ai récemment visité les Archives du Japon par exemple. Partout, le gouvernement est le principal soutien d’une Archive nationale. Sauf en Birmanie », regrette le réalisateur.

Par Sarah Bakaloglou - Radio France internationale - 15 novembre 2018

Les défis sont nombreux : « manque de connaissance sur la préservation du patrimoine, de professionnel… Il n’y a pas de vrai archiviste en Birmanie. Et puis la météo en Birmanie est très mauvaise pour la conversation des films, à cause de la chaleur et de l’humidité », énumère Maung Okkar.