Le texte vise à mettre en place un organisme gouvernemental doté de très larges pouvoirs.

Ce comité sera habilité à surveiller, sans autorisation judiciaire préalable, le trafic internet, à contraindre particuliers ou entreprises privées à fournir des informations, à ordonner la suppression de contenus voire à saisir des disques durs en cas de "suspicion raisonnable" ou d'"urgence".

Il sera présidé par le chef de la junte militaire au pouvoir, le Premier ministre Prayut Chan-o-Cha. Le numéro deux du gouvernement, le ministre de la Défense Prawit Wongsuwan, en fera aussi partie.

"Chaque pays a besoin de mettre en place un système juridique capable de le protéger (...) Chaque secteur économique présente un risque en cas de cyberattaque", a déclaré Pichet Durongkaveroj, ministre de l'Économie numérique lors d'un forum à Bangkok, invitant ONG, universitaires et entreprises étrangères à faire part de leurs préoccupations afin de veiller à ce que la loi soit "équilibrée".

Le projet est "en cours de finalisation" et devrait être adopté avant les élections législatives, les premières depuis le coup d'Etat de 2014, a ajouté le ministre.

Il suscite de très nombreuses critiques dans le royaume, jusque dans l'appareil judiciaire.

"Cette loi ignore les droits et la liberté du peuple", a déclaré Sriamporn Saligupta, haut magistrat à la Cour d'appel de Bangkok.

Les entreprises étrangères pourraient aussi être plus réticentes à s'installer dans le royaume par crainte que leurs transactions financières et leurs données commerciales soient sous surveillance, a-t-il ajouté.

Cette législation est la dernière d'une vague de lois dans plusieurs pays d'Asie visant à affirmer le contrôle du gouvernement sur internet. Le Vietnam a notamment adopté un texte draconien qui entrera en vigueur en janvier, obligeant les plateformes du web à retirer sous 24 heures tout commentaire considéré comme une menace à la "sécurité nationale".

Agence France Presse - 21 novembre 2018