Le numéro deux de la junte au pouvoir en Thaïlande, dont la passion pour les montres de luxe a fait scandale début 2018, ne sera pas poursuivi, a annoncé, jeudi, l'agence anticorruption, au grand dam de l'opposition. « Les accusations contre le général Prawit Wongsuwan, accusé de fausse déclaration et de dissimulation de biens, sont sans fondement », a annoncé la commission anticorruption, faisant état d'une courte majorité de cinq contre trois pour décider de ne pas ouvrir d'enquête.

Le scandale avait été révélé par un internaute se présentant comme un « cyberenquêteur » qui avait lancé sur Facebook en décembre dernier un recensement des montres du général Prawit Wongsuwan, ministre de la Défense et vice-Premier ministre. Sa page, « CSI LA », était devenue très populaire en Thaïlande grâce à cette affaire, avec notamment un « tableau de surveillance des montres de luxe du général Prawit » très commenté. Celui-ci recensait les montres vues au poignet du général depuis 2014, dont des Rolex et des Patek Philippe.

« Prêtées » par un riche ami

La collection de montres du général Prawit, qui avait pour habitude d'apparaître régulièrement avec de nouvelles montres au poignet, a été évaluée à un montant de plus d'un million d'euros, mais n'apparaissait pas dans sa déclaration de patrimoine. La commission anticorruption a repris, jeudi, dans ses conclusions la ligne de défense du général : les 21 montres de luxe recensées ne lui appartiennent pas, elles lui ont été « prêtées » par un riche ami, Pattawat Suksriwong, récemment décédé. « Les montres étaient conservées au domicile de Pattawat Suksriwong... et étaient prêtées au général Prawit Wongsuwan à certaines occasions », dit la commission. Celle-ci précise cependant que le général peut éventuellement faire l'objet de poursuites pour avoir accepté un cadeau, fût-ce sous la forme d'un prêt, d'une valeur de plus de 3 000 bahts (80 euros). Mais aucune date n'a été donnée.

L'indulgence de la commission anticorruption a immédiatement suscité, jeudi, des réactions critiques sur les réseaux sociaux, qui s'étaient enflammés il y a quelques mois au sujet de cette affaire qui avait fait la une des journaux. « C'était attendu. Nous n'avons jamais cru qu'ils feraient quoi que ce soit dans cette affaire », a dénoncé le jeune parti d'opposition Future Forward, rappelant les liens entre Prawit Wongsuwan et le chef de la commission anticorruption. « C'était clair qu'ils n'allaient rien faire contre Prawit Wongsuwan parce que la junte va rester au pouvoir après les élections » promises pour février 2019, dit, sans illusions, Titipol Phakdeewanich, politologue de la faculté d'Ubon Ratchathani. Le général avait promis de quitter ses fonctions si la commission le jugeait coupable.

Le Point avec Agence France Presse - 27 décembre 2018