Pourriez-vous présenter certains éléments d’une maison traditionnelle des Viêt?

Quand on parle des maisons traditionnelles des Viêt, on pense immédiatement à celle du delta du fleuve Rouge. La maison est d’une conception très simple avec des briques ou du torchis pour les murs et les cloisons. Elle se dote souvent de trois, cinq ou sept travées. La pièce principale se trouve au milieu de la maison et abrite l’autel des ancêtres; sur les côtés sont aménagées de petites chambres à coucher ou des pièces pour ranger les ustensiles ménagers. D’autres servent à entreposer du paddy et du matériel agricole. La maison principale n’est pas adjacente à la cuisine et aux toilettes. En arrière de la maison, on trouve un étang, un petit jardin où l’on cultive des légumes saisonniers. Dans la cour, un bassin recueille l’eau de pluie.

D’après vous, quels sont les éléments permettant à de tels ouvrages de traverser les siècles?

Nos ancêtres ont utilisé des matériaux d’origine naturelle. L’architecture est simple et solide, les maisons larges et basses. Raisons: la chaleur torride et les typhons destructeurs favorisent les toits larges et les maisons basses. Le bâti est largement influencé par les conditions pédoclimatiques.

On peut aussi distinguer trois types de maison, en fonction des conditions sociales. Pour les pauvres, le logement a un toit de chaume, des murs de torchis, des colonnes en bambou. Pour les familles plus aisées, on voit un ouvrage en bois avec le toit couvert de paillotte (Imperata cylindrica), des murs en terre mêlée de paille, un plancher en terre battue ou en briques. Les riches ont des maisons en bois de fer ou de jacquier avec des colonnes sculptées, une toiture de tuiles, un mur et un sol en briques.

À mon avis, la maison traditionnelle constitue l’ouvrage emblématique de la plaine du Nord et a joué un rôle important dans l’Histoire de l’architecture nationale. Ces logements existent depuis des milliers d’années et doivent être sauvegardés.

J’apprécie grandement la fonction et l’organisation de l’espace de vie des Viêt d’antan.

Cependant, au fil du temps, ces ouvrages ont révélé des défauts. Lesquels?

Oui, exactement! Aucun style architectural n’est parfait, y compris le logement traditionnel des Viêt. L’organisation de l’espace de vie n’est plus adaptée à la vie moderne actuelle. Les maisons traditionnelles du Nord s’attachent aux surfaces planes préférant les lignes horizontales. Donc, cela nécessite plus d’espace pour le bâti. Alors qu’aujourd’hui c’est l’espace vertical qui est privilégié, pour augmenter la surface de vie sur un périmètre plus restreint. De plus, la séparation entre le bâtiment principal et les ouvrages auxiliaires, qui oblige les habitants à sortir pour passer d’un lieu à l’autre, est aussi un point faible, surtout avec les mauvaises conditions climatiques du Nord telles que crachins en hiver, vagues de froid…

Selon vous, ce sont les raisons entraînant la disparition progressive des logements traditionnels?

Maintenant, la zone rurale connaît une urbanisation galopante, sans compter l’accroissement de la population. Le parc foncier réservé au logement se réduit peu à peu à cause de la forte demande due à l’augmentation de la population. Lorsque le niveau de vie des habitants ruraux s’améliore, ils préfèrent bâtir des ouvrages avec une architecture de style occidental.

En effet, traditionnellement, trois générations vivent ensemble dans la maison, et partagent les mêmes lieux de vie. Ce qui n’est plus facile dans notre société moderne, où chacun recherche davantage de lieux d’intimité. C’est pourquoi, de nombreux campagnards ont dû détruire les logements de leurs ancêtres pour construire des bâtiments à étages et en béton.

Quelles sont les mesures pour protéger les maisons de ce genre?

La préservation des anciens logements de la plaine du Nord est un grand enjeu. Elle fait face à maints défis, les plus importants étant l’urbanisation, la croissance démographique et le changement des mœurs et habitudes des habitants locaux.

Pour sauvegarder ces ouvrages, nous devons répondre à de multiples questions quant à notre processus de développement socio-économique. Par exemple, comment faire pour sauver les maisons traditionnelles qui risquent inéluctablement de se dégrader avec le temps? Ou encore, comment faire pour harmoniser les valeurs traditionnelles, tout en améliorant la qualité de la vie des habitants locaux en quête légitime, d’une vie moderne et plus confortable?

Aussi, faudrait-il élaborer un plan d’aménagement précis visant à conjuguer préservation et assurance d’espaces de vie confortables pour la population locale. Et ceci ne pourra se faire qu’avec des investissements privés.

Par Dinh An & Hoàng Phuong - Le Courrier du Vietnam - 1er Janvier 2019


La maison traditionnelle, une architecture typique du Nord

Le delta du fleuve Rouge, berceau de la civilisation du riz irrigué, dispose de nombreuses caractéristiques architecturales. Ses maisons anciennes font partie des patrimoines inestimables imprégnés de culture et de traditions vietnamiennes. Elles doivent être conservées.

Depuis longtemps, les paysans du delta du fleuve Rouge construisent eux-mêmes leurs maisons qu’ils adaptent au climat, à la culture et à la vie quotidienne. Ces maisons, anciennes et traditionnelles, sont emblématiques de la plaine du Nord.

La maison est l’endroit où la famille voue le culte aux ancêtres, c’est également l’endroit où tous les membres se rassemblent. À l’image du proverbe vietnamien "An cu lac nghiêp", il est dit qu’un bon logement est à l’origine de tout épanouissement personnel, professionnel ou familial. Ainsi, la question de l’habitation occupe une grande place chez les Vietnamiens. La construction d’une nouvelle maison notamment, représente une des choses les plus importantes à réaliser dans la vie d’une personne et symbolise la richesse de son propriétaire. Au Vietnam, il n’est pas rare de voir trois ou quatre générations d’une même famille cohabiter sous le même toit.

Dans cette région, les maisons sont essentiellement rurales et les familles vivent principalement de l’agriculture, ainsi les bâtisses sont majoritairement construites à base de bois, de bambou, de canne et de rotin.

La structure d’une maison traditionnelle peut suivre de nombreux styles, mais il existe deux types de conception communs: le premier, le plus courant, suit le style dit d’une maison principale et d’une cuisine; le deuxième est le style des familles plus aisées, avec une maison principale au centre, entourée de deux autres secondaires sur chaque côté.

La demeure idéale

Au fil du temps, les Vietnamiens ont développé une architecture respectueuse de la nature. Il est ainsi important d’exploiter les trois éléments majeurs, à savoir: homme, terre et eau pour stabiliser l’environnement et recréer l’équilibre naturel dans la demeure. C’est la raison pour laquelle la maison traditionnelle typique consiste en une maison principale, un jardin, un étang à poissons, un lieu d’élevage bovin et/ou de volailles, un enclos de séchage, une clôture et un portail.

La maison principale est la partie essentielle de l’habitation. Elle se dote généralement de trois, cinq ou sept travées. Le nombre de travées est toujours impair (1, 3, 5 ou 7) et respecte impérativement les règles de la symétrie. La pièce principale se trouve au milieu de la maison et abrite l’autel des ancêtres; sur les côtés se situent les chambres à coucher ou les salles servant d’entrepôt aux ustensiles de cuisine, de ménage, au matériel agricole ou au paddy.

Au cœur de la maison traditionnelle se trouve la salle de l’autel des ancêtres qui représente la partie la plus importante en termes d’attention et de soins. L’autel occupe la place d’honneur, au centre de la travée principale, entouré de panneaux transversaux et de sentences parallèles.

Hélas, aujourd’hui, les zones rurales s’urbanisent à grande vitesse et la demande en logements augmente considérablement. Les maisons anciennes se perdent et se voient peu à peu remplacées par des bâtisses en béton. Par conséquent, la gestion et la conservation des valeurs architecturales traditionnelle exigent des autorités et de la population locale une responsabilité et un engagement plus importants afin de restaurer et préserver ces maisons pleines de charme.

Selon les statistiques, actuellement, au Nord, il ne reste plus que 5% des maisons anciennes datant du XVIIe siècle et environ 10% datant du XVIIIe siècle. La plupart des grandes maisons anciennes ont été détruites ou sont tombées en ruines, dégradées et endommagées par les vicissitudes du temps et de la guerre.

D’après une étude de l’Association des architectes du Vietnam, les maisons anciennes de Hanoï possèdent des caractéristiques de base similaires à celles des maisons traditionnelles du delta du Nord. Ces caractéristiques sont particulièrement visibles dans les maisons en bois aux toits en pente. Outre les maisons anciennes de son Vieux quartier, il existe de nombreux districts en banlieue où on peut les trouver, notamment celui relevant de la province ancienne de Hà Tây (qui fait partie aujourd’hui de Hanoï). Il s’agit d’un endroit réputé abritant une pléthore de villages anciens, villages de métiers, temples et autres pagodes. En particulier, l’ancien village de Duong Lâm, dans le chef-lieu de Son Tây, compte plus de maisons anciennes qu’ailleurs dans le pays. Ici, portes de village, ruelles et maisons traditionnelles datent de plusieurs centaines d’années et demeurent intactes à ce jour. Ces ravissantes maisons anciennes peuvent également se trouver dans d’autres villages tels que Cu Dà (district de Thanh Oai), Da Si et Van Phuc (arrondissement de Hà Dông) notamment.

Sensibiliser la population

Au dire d’architectes et d’experts en gestion urbaine, la question de la conservation et du développement des maisons anciennes est urgente et doit être exécutée sur le long terme, mais elle est aussi très difficile et compliquée à réaliser. "La conservation doit aller de pair avec l’amélioration des conditions de vie de la population locale dans ces maisons", a indiqué Nguyên Thê Hung, du Département du patrimoine culturel du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme. Il a cité comme exemple l’ancien village de Duong Lâm. Les populations locales ont en effet exigé le droit de construire de nouvelles maisons ou de réparer leurs anciennes maisons qui sont devenues insalubres et dégradées après plusieurs centaines d’années sans rénovation.

Plusieurs solutions ont été proposées comme, notamment, la consultation d’experts nationaux et étrangers, une campagne de sensibilisation de la population à la valeur de ces sites patrimoniaux, une meilleure implication des jeunes écoliers dans leur protection et leur développement ou encore un accroissement plus important des produits touristiques afin de venir en aide aux populations locales.

De ce fait, la conservation devrait se situer à plusieurs niveaux: les maisons qui n’ont pas besoin de rénovation, celles qui ont besoin de rénovation partielle et enfin, celles qui nécessitent une rénovation totale tout en suivant le style architectural ancien. Cependant, plusieurs voix se font entendre et expriment le désir de conserver certains villages anciens de manière intacte et intouchée comme ceux de Duong Lâm, Dông Sang, Mông Phu et Cam Thinh à Son Tây (Hanoï) à l’instar des musées vivants. Il est vrai que ces villages sont devenus des attractions fascinantes pour les touristes vietnamiens comme étrangers.

Par Thúy Hà - Le Courrier du Vietnam - 1er Janvier 2019