Les riziculteurs européens se plaignaient de la concurrence de ce riz asiatique. Pourtant c'est l'industrie de la transformation du riz en Europe, qui devrait le plus profiter de cette mesure de sauvegarde.

L'Europe taxe de nouveau et pour trois ans le riz long Indica du Cambodge et de Birmanie. Le droit de douane sera dégressif, mais dès ce vendredi on passe de zéro à 175 euros la tonne. Un niveau de taxe totalement dissuasif puisqu'il réprésente la moitié du prix moyen d'achat de ce riz en Europe.

Depuis 2012, les deux pays asiatiques bénéficiaient d'une exemption de droits de douane au nom de la l'accord commercial « Tout sauf les Armes » réservé aux pays les moins avancés. Leurs exportations avaient progressé de 50 % pour le Cambodge, avec la vogue en Europe du riz parfumé, et elles avaient littéralement explosé, + 2000 % pour la Birmanie, il s'agissait surtout de brisures de riz pour l'industrie.

Recul des surfaces en Europe

Mais la riziculture européenne s'estimait lésée. Sa part de marché a effectivement diminué de moitié en cinq ans, 30 % seulement du riz consommé en Europe est cultivé en Europe, aujourd'hui. Les surfaces européennes de riz long reculent. On s'en doute : la filière italienne du riso était en pointe auprès de Bruxelles sur ce dossier.

Les riziculteurs européens ont donc obtenu gain de cause... « C'est une excellente nouvelle », confirme le syndicat agricole européen Copa-Cogeca. Pourtant lorsqu'on y regarde de plus près, le retour des taxes ne concerne que le riz blanchi, c'est-à-dire déjà décortiqué au Cambodge et en Birmanie. Le riz non décortiqué de ces deux pays reste libre de droit en Europe, il faudra juste le décortiquer... en Europe.

« Dindons de la farce »

C'est ce qui fait dire à un courtier français de riz, Jean-Pierre Brun, que le nouveau réglement de Bruxelles est avant tout favorable à l'industrie européenne du riz. « Elle avait depuis cinq ans moins de volume à usiner, elle pourra désormais importer ce riz parfumé complet et le blanchir... Si l'idée était de diminuer les importations de riz en Europe, ça ne sera pas le cas. Ce n'est donc pas une victoire pour les riziculteurs européens », conclut cet intermédiaire. Ils sont les dindons de la farce.

Interrogé sur ce point, le syndicat agricole européen reconnaît qu'il aurait « aimé que la taxe s'applique aussi au riz non décortiqué » du Cambodge et de Birmanie. « Nous seront vigilants », ont confié les représentants des riziculteurs. En attendant ils espèrent beaucoup d'une politique de promotion du riz européen et d'un étiquetage d'origine sur les paquets. Il n'est toujours pas obligatoire.

Par Claire Fages - Radio France Internationale - 18 janvier 2019