Deux des dix villes les plus dynamiques du monde sont vietnamiennes, Hanoï (3e) et Ho Chi Minh-Ville (8e), selon le World Economic Forum. L’économie locale présente aussi l’une des plus fortes croissances du monde. Le PIB a augmenté de 7,08% en 2018, au plus haut des onze dernières années. Et les perspectives sont également positives, même si l’on tient compte des risques. En cas de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, la croissance devrait tomber à 6,4%. Sinon, elle devrait s’élever à 6,8%, prévoit Mario Timpanaro, gérant du Lumen Vietnam Fund pour Vogt Asset Management, au Liechtenstein.

L’immobilier traduit cette embellie économique, notamment dans le segment supérieur des prix. Mais le marché devrait se consolider, prévoit le gérant. «L’Etat est très sensible à l’évolution de l’immobilier après une croissance du crédit de plus de 17%. Je prévois une hausse de 14% cette année. D’ailleurs nous avons légèrement réduit notre exposition à l’immobilier», avoue Mario Timpanaro. Forte croissance et monnaie stable

Les perspectives conjoncturelles ne signalent pas de ralentissement puisque l’indice des directeurs d’achat (PMI) est, à 53,8, le plus élevé de la région. La monnaie et le système politique sont stables, ce qui attire les investissements directs, ajoute Mario Timpanaro. Le dong n’a perdu que 2,6% contre le dollar l’an dernier.

Les entreprises continuent d’investir massivement au Vietnam. Les groupes japonais occupent dorénavant le premier rang des investisseurs directs devant la Corée et Singapour. Samsung est maintenant le premier employeur privé dans le pays avec 175 000 employés. Comme en Chine, la composition de l’économie se modifie au profit des services, en particulier de la technologie.

L’Etat encourage toujours l’arrivée d’entreprises étrangères et investit beaucoup dans les infrastructures. De ce point de vue, «l’Etat aurait dû privatiser davantage de sociétés pour financer ces projets», affirme Mario Timpanaro. Le Vietnam avait pour ambition d’introduire 85 entreprises en bourse mais seules 15 ont franchi le pas l’an dernier.

Forte correction en 2018

Les actions vietnamiennes se sont très bien comportées ces dernières années. L’indice VNI, pondéré de la capitalisation boursière, s’élève à 909 actuellement. Il a progressé de 75% depuis le début de 2016. Mais depuis avril 2018, il a subi une correction significative (-25%). Il existe un deuxième indice vietnamien. Mais il souffre du faible flottant de certaines grandes valeurs, comme Petro Vietnam Gas, laquelle appartient à 96% à l’État mais représente 20% de l’indice.

Depuis le lancement du Lumen Vietnam Fund, en mars 2012, ce fonds de 50 millions de dollars d’actifs a gagné 76%. Mais il a baissé comme l’indice ces derniers mois. «La correction était salutaire après une aussi forte surchauffe», déclare Mario Timpanaro, gérant du fonds. «Le multiple de bénéfices des grandes valeurs est tombé de 25 à 17», précise-t-il avant de se révéler optimiste à long terme. Le gérant est convaincu que la baisse attendue du dollar produira des effets très positifs dans les marchés émergents.

Le marché vietnamien s’ouvre aux investisseurs étrangers. Il est dorénavant possible pour un investisseur suisse privé de passer ses ordres de transactions au Vietnam par l’intermédiaire d’un courtier, après autorisation du Ministère des finances, indique Mario Timpanaro. L’an dernier, le nombre de nouveaux comptes étrangers a dépassé 28 300 (+5733). «L’intérêt est significatif», juge-t-il.

De frontière à émergent

D’ailleurs, l’an dernier, si les investisseurs étrangers ont été vendeurs nets des actions asiatiques, ils ont été acheteurs nets du Vietnam. «Les acheteurs anticipent une ouverture progressive du marché vietnamien des capitaux», révèle-t-il. L’indice FTSE Russell a pris le Vietnam sur la liste des pays qui pourraient quitter la catégorie «frontière» pour rejoindre celle des «émergents», observe l’expert. «A mon avis, en 2019, ce sera au tour de l’indice MSCI de franchir le pas», prévoit-il. Cela suppose aussi que le gouvernement remplisse les conditions exigées par l’indice. L’introduction d’un marché à terme (futures) va dans ce sens. La réduction des limites à la participation étrangère aux entreprises devrait aussi se poursuivre. Les entreprises «systémiques» ne devraient toutefois pas s’ouvrir.

Le portefeuille comprend 24 titres. Les grandes capitalisations représentent 25% du fonds, les moyennes capitalisations 54%. Le gérant préfère actuellement les sociétés de taille moyenne en raison d’un multiple des bénéfices inférieur à dix fois et de leurs excellentes perspectives. Lumen Vietnam Fund investit prioritairement dans des entreprises familiales dont le management est actionnaire. Les entreprises appartenant en partie à l’Etat ne sont utilisées que pour l’allocation tactique.

Le gérant aime bien les secteurs liés à la croissance de la consommation. Les salaires locaux sont effectivement en nette hausse. Le revenu annuel moyen est de 7500 dollars (parité du pouvoir d'achat) mais devrait grimper à 8400 dollars en 2022 selon la Banque Mondiale. Or le Vietnamien moyen dépense 67% de son salaire pour son logement ou sa consommation.

Par Emmanuel Garessus - Le Temps (.ch) - 20 janvier 2019