Le roi de Thaïlande, Maha Vajiralongkorn, a signé un décret très attendu, mercredi 23 janvier. Il annonce la tenue prochaine d’élections législatives, les premières depuis le coup d’Etat qui a porté une junte militaire au pouvoir en 2014.

Ces élections avaient été repoussées à de multiples reprises. La commission électorale doit désormais fixer la date du scrutin. Le gouvernement militaire, ultra-royaliste, l’a invitée à ne pas choisir une date trop proche du couronnement du roi, prévu du 4 au 6 mai, « un événement historique extraordinaire ».

Le chef de la junte militaire favori

L’armée a multiplié les annonces ces dernières semaines pour préparer la tenue de ces législatives. En septembre, les partis politiques ont récupéré le droit d’accueillir de nouveaux membres et d’élire de nouveaux chefs. Le mois dernier, ils ont été de nouveau autorisés à mener une campagne électorale, ce qui va leur laisser peu de temps, le scrutin devant se tenir au plus tard le 9 mai, d’après la Constitution.

Même s’il cultive encore l’ambiguïté quant à ses prétentions politiques post-électorales, le premier ministre Prayuth Chan-ocha, chef de la junte militaire, semble avoir de bonnes chances de se maintenir au pouvoir.

L’armée a, en effet, pris le temps de baliser le terrain en faisant adopter en 2016 une Constitution très controversée, avec un Sénat entièrement nommé par les militaires et qui aura son mot à dire sur la nomination du chef du gouvernement. Prayuth Chan-ocha a aussi profité de ses années au pouvoir pour faire campagne à travers les provinces rurales du pays, tentant de séduire électeurs et décideurs locaux.

L’opposition affaiblie

Face à lui, l’opposition pourrait ressortir affaiblie, notamment le parti Puea Thai, qui a remporté toutes les élections nationales depuis 2001, mais a aujourd’hui perdu ses deux têtes d’affiche.

Yingluck Shinawatra, première ministre, dont le gouvernement a été renversé par la junte en 2014, et son frère Thaksin, qui a dirigé le pays de 2001 à 2006, se sont exilés pour échapper à des condamnations qu’ils dénoncent comme politiques.

Plusieurs dizaines de partis nouvellement créés se sont enregistrés ces derniers mois pour briguer les suffrages des Thaïlandais. La plupart viennent du monde des affaires ou des milieux universitaires, et plusieurs se revendiquent pro-junte.

Les multiples reports des élections avaient entraîné quelques manifestations dans le pays. Samedi, une centaine de personnes s’étaient rassemblées à l’université Thammasat de Bangkok, certaines appelant au départ de « la répugnante dictature ».

Le Monde avec Agence France Presse - 23 janvier 2019