Devant plusieurs milliers de spectateurs, M Ja Seng, 25 ans, de l'Etat Kachin, a remporté la couronne de "Miss Ethnique Birmanie", un prix organisé à Rangoun. Sur scène, la jeune femme a souhaité que les Birmans "marchent unis pour les nombreuses années à venir", relayant le discours officiel du gouvernement.

Loin du treillis que revêtent sur le terrain les guérillas défiant l'armée dans de nombreuses parties du pays, les représentants des minorités ethniques présents lots de cette compétition constituaient une marée humaine multicolore.

La prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, aujourd'hui chef de facto du gouvernement, affiche comme une priorité le règlement de ces conflits qui constituent pour certains les plus vieux mouvements de guérilla au monde. Mais les pourparlers de paix sont au point mort.

Milliers de déplacés

La Birmanie est en proie à des dizaines de conflits ethniques depuis son indépendance en 1948, de nombreuses minorités ayant pris les armes pour tenter d'obtenir plus d'autonomie face à un gouvernement qui les a longtemps ignorées.

L'Etat Shan est notamment secoué par des violences entre l'armée et les rebelles de la Taaung National Liberation Army (TNLA). L'Etat Kachin est lui aussi marqués par des combats sporadiques, qui ont conduit des milliers de villageois à fuir leurs maisons et à vivre dans des camps de déplacés.

"Nous sommes venus au festival mais nous sommes désolés de savoir qu'il y a encore plus de 100'000 personnes déplacées en Etat Kachin", relève Lupa, vêtue du costume rouge et noir de cette région du nord de la Birmanie.

L'Etat Rakhine déchiré

Le conflit ethnique ayant eu la plus grande résonance internationale est celui opposant dans l'État Rakhine, anciennement Etat d'Arakan, l'armée et les rebelles de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA).

Les représailles de l'armée ont conduit depuis 2017 quelque 740'000 membres de cette minorité musulmane à fuir au Bangladesh des exactions qualifiées de "génocide" par des enquêteurs l'ONU.

Toujours dans l'État Rakhine, les violences se sont intensifiées ces dernières semaines entre les forces armées birmanes et les rebelles de l'Armée d'Arakan (AA) qui luttent, pour leur part, en faveur de plus d'autonomie pour la population bouddhiste de ce territoire pauvre et reculé de l'ouest de la Birmanie.

La Liberté (.ch) avec Agence Télégraphique Suisse et Agence France Presse - 30 Janvier 2019