Le vote a provoqué la colère des militaires qui, depuis le coup d’Etat de 1962, s’estiment les seuls garants de l’ordre et de l’unité du pays. Tout en étant à l’origine de l’ouverture du régime en 2011 avec la nomination-reconversion d’un ancien général en président civil (Thein Sein), ils restent sourcilleux sur le strict respect de la Constitution qu’ils ont pensée, écrite et appliquée.

Trois ans après son arrivée au pouvoir, la LND entend amender cette charte que la junte avait fait approuver lors d’une parodie de référendum en 2008. En 2015, Aung San Suu Kyi, la Prix Nobel de la paix jadis honnie par la junte, avait notamment fait campagne sur une réforme de la Constitution. Le texte de 2008 garantit 25 % des sièges aux militaires, qui contrôlent trois ministères clés : la Défense, les Frontières et l’Intérieur.

La LND a dans son viseur le fameux article 436, qui stipule que toute révision constitutionnelle doit être approuvée par plus de 75 % des parlementaires. Autrement dit, l’armée a un droit de veto. L’autre article visé édicte que toute personne ayant un conjoint ou des enfants étrangers ne peut assumer les responsabilités de président ou de vice-président. Cette disposition cible Aung San Suu Kyi, dont les enfants sont britanniques. L’armée ne manquera toutefois pas de se manifester. En août 2015, elle avait viré le président de l’Assemblée nationale. Il avait eu le tort, notamment, d’évoquer à haute voix une réforme de la Constitution.

Par Arnaud Vaulerin - Libération - 30 janvier 2019