Tribune - Ce mardi, jour du Têt, le Vietnam célébrera son entrée dans une nouvelle année. Il est fort à craindre que 2019 soit placée sous le signe d’une répression accrue par les autorités, qui s’acharnent à terrasser toute opposition dans le pays.

Depuis 2016, l’étau se resserre sur les défenseurs des droits humains vietnamiens, avec une accélération des arrestations et des condamnations lourdes. Cette évolution concorde d’une part avec l’arrivée au pouvoir d’une frange de dirigeants conservateurs et prochinois et d’autre part avec le retrait du partenariat transpacifique par Donald Trump à son arrivée au pouvoir – partenariat qui, en incluant un volet «droits de l’homme», constituait un certain levier de pression sur les autorités vietnamiennes.

Cette face répressive du Vietnam est, à ce jour, assez largement méconnue à l’étranger – du moins du grand public. Le Vietnam bénéficie même d’une image lisse, idyllique. Qui sait que le Vietnam est le pays de la sous-région qui criminalise le plus les défenseurs des droits humains? Que la torture est utilisée pour bâillonner la dissidence? A ce jour, on décompte plus de 100 défenseurs des droits humains en détention, mais, compte tenu de l’opacité entourant cette question, le chiffre pourrait en réalité être plus élevé. Les peines vont jusqu’à vingt ans de réclusion.

Qui sont les personnes ciblées? Des blogueurs, des avocats, des journalistes citoyens, des militants ou des leaders religieux, des hommes et des femmes de tous âges, abordant des sujets aussi divers et prégnants que la liberté d’expression, la défense de l’environnement, les droits fonciers, les droits des femmes ou la liberté de culte. A des arrestations arbitraires et des parodies de procès s’ajoutent de multiples formes de tortures, passages à tabac, intimidations des militants comme de leurs proches et pressions psychologiques intenses, ne laissant aucune trace, en vue d’extorquer des aveux forcés.

La situation est grave et n’ira pas en s’améliorant, avec l’entrée en vigueur en 2019 d’une loi sur la cybersécurité qui permettra de mieux contrôler les activités en ligne des défenseurs. C’est pour faire la lumière sur cette situation que l’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) a lancé la campagne «Vietnam: le connaissez-vous vraiment?».

Monsieur le Président de la République française, l’Acat vous demande d’intervenir auprès du Vietnam. La France – grâce au renforcement en 2018 de son partenariat stratégique avec le Vietnam dans de multiples domaines, dont politique, juridique, de défense et économique – a la possibilité de mettre la question des droits humains au centre de ses échanges et de sa coopération avec le Vietnam.

C’est pourquoi l’Acat vous demande d’œuvrer afin que soient libérés sans plus tarder les défenseurs détenus en raison de leur lutte, en particulier Le Dinh Luong, blogueur condamné à une peine de vingt ans pour avoir défendu les populations affectées par un déversement de déchets toxiques dans leur région, Tran Thi Nga, condamnée à neuf ans de prison pour avoir lutté contre les violences faites aux femmes et les expropriations de terre et Nguyen Trung Ton, pasteur protestant arrêté en juillet 2017 dans le cadre d’un coup de filet sur les membres d’une association de promotion des droits humains.

Votre déplacement prévu au Vietnam en 2019 représente une excellente opportunité pour contribuer à faire améliorer l’état de droit et le respect des engagements internationaux.

Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (l'ACAT) - Libération - 5 février 2019