Dans un campement isolé d'un parc national en Thaïlande, des gardes-forestiers en tenue de camouflage plaquent au sol deux acteurs qui jouent les braconniers, un exercice d'entraînement destiné à lutter contre le trafic très lucratif d'animaux sauvages.

La Thaïlande : un point de transit essentiel

"Foncez !", hurle le chef d'équipe Kritkhajorn Tangon avant que ses hommes ne s'en prennent aux faux trafiquants retrouvés près des bois d'un cerf Sambar qu'ils nient farouchement avoir découpé à l'aide d'une machette. Plus d'une douzaine de gardes-forestiers participent à cette formation, organisée pendant une semaine par l'ONG de lutte contre le trafic Freeland, dans le parc de Khao Yai à une centaine de kilomètres au nord-est de Bangkok.

La Thaïlande est un point de transit essentiel vers le Vietnam et la Chine qui font partie des principaux débouchés pour ce commerce illégal, l'un des plus lucratifs au monde avec des revenus se chiffrant en milliards de dollars. Les produits dérivés notamment à base de cornes d'éléphants, de rhinocéros ou d'écailles de pangolin sont utilisés dans la médecine traditionnelle des deux pays pour leurs vertus, très controversées, contre le cancer, l'impuissance ou d'autres maladies. La Thaïlande compte quelque 14.000 gardes-forestiers, mais ils manquent de moyens et ne sont pas suffisamment formés.

"Nos compétences en matière d'enquête sont encore faibles"

Cet entraînement a pour but de leur apprendre à rassembler des preuves, protéger une scène de crime et utiliser des techniques médico-légales.

"Nos compétences en matière d'enquête sont encore faibles", relève Kritkhajorn à l'AFP. Quand les gardes "se retrouvent dans ces situations, ils peuvent commettre des erreurs dans la collecte des preuves", souligne-t-il, ce qui peut parfois conduire à faire relâcher des suspects. Les indices matériels sont indispensables, car ils "ne peuvent pas être manipulés alors qu'un témoin oculaire peut retirer son témoignage", relève de son côté Petcharat Sangchai, un policier à la retraite qui dirige Freeland en Thaïlande. Le 30 janvier 2019, Boonchai Bach, un Vietnamo-thaïlandais soupçonné d'être l'un des barons de ce trafic, a ainsi été relaxé "au bénéfice du doute" après qu'un témoin à charge soit revenu sur son témoignage, le tribunal estimant également ne pas avoir assez de preuves à son encontre. Il avait été arrêté, début 2018 dans le nord-est du pays, soupçonné d'avoir organisé le trafic de quatorze cornes de rhinocéros d'une valeur d'environ un million de dollars.

L'impunité prévaut à l'encontre des trafiquants qui peuvent souvent se prévaloir d'appuis dans les hautes-sphères de la société et particulièrement dans les milieux politiques. Le braconnage et le trafic d'espèces sauvages impliquent en effet des réseaux transnationaux de criminalité organisé. Ils "exploitent les lacunes de la loi, ils exploitent le manque de compréhension des juges et des procureurs et c'est pourquoi ils gagnent", déplore Tim Redford, directeur des programmes de Freeland. Le cas de Premchai Karnasuta, une des plus grosses fortunes de Thaïlande, est emblématique. Patron du groupe Italian-Thai development, l'une des plus importantes entreprises de BTP du royaume, le magnat avait été arrêté en février pour avoir tué plusieurs animaux protégés, dont un léopard noir, dans un parc national de l'ouest du pays. Après avoir nié les faits, il a été libéré sous caution, au grand dam des associations écologistes.

Inculpé pour "chasse illégale et possession illégale de carcasses d'animaux protégés", il a été jugé fin 2018 et la cour devrait rendre son verdict en mars. Sera-t-il condamné ? Parmi les gardes-forestiers formés dans le parc national de Khao Yai, l'affaire est dans tous les esprits. "Si vous saviez qui est mon patron, vous auriez des frissons ! Mon patron est Premchai !", se met à crier l'un des faux braconniers pendant un exercice, déclenchant une hilarité teintée d'inquiétude chez les gardes-forestiers. Quinze sont tués chaque année en Thaïlande dans l'exercice de leur fonction.

Agence France Presse - 4 février 2019


Thaïlande: un important trafiquant d'animaux présumé relaxé "au bénéfice du doute"

Alors qu'il aurait admis son implication dans le trafic d'animaux sauvages, Boonchai Bach a été relaxé "au bénéfice du doute" par un tribunal thaïlandais.

Le cerveau présumé d'un important trafic d'animaux sauvages en Asie, arrêté il y a un an en Thaïlande, a été relaxé "au bénéfice du doute", a-t-on appris le 31 janvier 2019 auprès d'un tribunal thaïlandais.

"Il n'est donc pas nécessaire d'auditionner des témoins", a indiqué le tribunal

La cour a examiné cette affaire le 30 janvier 2019 et a donné "au suspect le bénéfice du doute". "Il n'est donc pas nécessaire d'auditionner des témoins", a indiqué mercredi à l'AFP une porte-parole du tribunal de la province de Samut Prakan, au sud de Bangkok. Arrêté début 2018 dans le nord-est du pays, Boonchai Bach, un Vietnamo-thaïlandais, était accusé d'avoir organisé le trafic entre l'Afrique et la Thaïlande de 14 cornes de rhinocéros d'une valeur d'environ un million de dollars. Selon Freeland, ONG qui lutte contre le trafic, il contrôlait une très importante chaîne d'approvisionnement depuis l'Asie et l'Afrique vers le Laos, le Vietnam et la Chine. Ces deux derniers pays font partie des principaux débouchés pour le commerce illégal d'espèces menacées ou protégées, les produits dérivés à base de cornes d'éléphants, de rhinocéros ou encore d'écailles de pangolin étant utilisés dans la médecine traditionnelle pour leurs vertus, très controversées, contre le cancer ou l'impuissance notamment.

Le suspect aurait pourtant admis son implication

Peu après l'arrestation de Boonchai Bach, la police avait indiqué que le suspect avait "admis son implication" dans le trafic. Freeland avait ensuite fourni de nombreux documents, destinés à enrichir l'accusation. Mais, "apparemment, aucune autre preuve majeure contre Boonchai n'a été réunie. Et le seul témoin à charge a modifié son témoignage lors de sa comparution devant le tribunal", a déploré Steven Galster, fondateur de Freeland, sur sa page Facebook. Il s'agit de "l'un des plus gros trafiquants à avoir été interpellé, mais à la fin l'affaire a été traitée, en toute discrétion, comme s'il s'agissait d'une infraction de stationnement", a-t-il ajouté, espérant que les autorités thaïlandaises feront appel de cette décision. La junte militaire au pouvoir en Thaïlande depuis 2014 s'est engagée à réprimer sévèrement le commerce illégal d'espèces sauvages, mais les associations écologistes estiment que les mesures prises sont insuffisantes.

Agence France Presse - 30 janvier 2019