Une charte qui donne d’importants pouvoirs à l’armée. Mercredi 6 février, le Parlement a approuvé la formation d’un comité chargé d’amender ce texte.

Aung San Suu Kyi avait fait de la réforme de la Constitution une de ses priorités. Cette Constitution limite en effet les pouvoirs de la dirigeante. Selon la charte de 2008, 25% des sièges du Parlement sont réservés aux militaires. L’armée peut aussi choisir les représentants de trois ministères-clés, dont celui de l’Intérieur ou de la Défense. Et il est impossible de devenir président du pays si l’on a des étrangers dans sa famille, ce qui est le cas d’Aung San Suu Kyi.

Une réforme qui agace les militaires

Alors si la Ligue nationale pour la démocratie, son parti, n’a pas précisé quel article exactement de la Constitution il voulait amender, cette proposition de former un comité a fait réagir les militaires, qui se sentent menacés: ils ont manifesté leur opposition au Parlement la semaine dernière en se levant et en restant plusieurs minutes debout, silencieux. Mais la Ligue nationale pour la démocratie est majoritaire au Parlement, la formation du comité a donc été approuvé à 67%.

C’est la première tentative officielle depuis qu’Aung San Suu Kyi est au pouvoir d’amender la Constitution, mais cela s’annonce difficile car selon ce même texte, pour l’amender, il faut l’accord de plus de 75% des membres du Parlement. Or, les militaires ont 25% des sièges qui leur sont réservés, ce qui leur donne un droit de veto effectif.

Les élections de 2020 dans le viseur

Il est donc peu probable que la Constitution soit révisée pour l’instant, mais la formation de ce comité pourrait en tout cas accentuer les tensions dans le pays entre le gouvernement civil d’un côté et les militaires de l’autre. A un an des élections générales en Birmanie, ce qui explique pourquoi Aung San Suu Kyi remet sur le devant de la scène ce qui était une de ses promesses de campagne, il y a maintenant quatre ans.

Des élections générales en 2020 pour lesquelles la campagne, en tout cas officieuse, a commencé en Birmanie. Ces dernières semaines, Aung San Suu Kyi a voyagé dans les régions ethniques du pays. Encore hier, la dirigeante était dans l’Etat Shan, au nord. Avant c’était l’Etat Kachin, non loin, puis l’Etat Chin à l’ouest: des régions où les combats continuent entre les rébellions et l’armée birmane, malgré la volonté affichée par Aung San Suu Kyi de faire avancer le processus de paix. Des régions aussi où le vote pour les partis ethniques est important, ce qui constitue un défi pour la Ligue nationale pour la démocratie à l’approche de 2020. Lors des élections partielles en novembre dernier, la LND a perdu 6 sièges sur 13, notamment dans les zones ethniques.

Par Eliza Hunt - Radio France Internationale - 7 février 2019