Les Monologues du vagin, pièce de théâtre d'Eve Ensler, sera l'animation phare du festival Phnom Fem Fest. La pièce, considérée comme un pilier du féminisme, a été traduite en 46 langues et bientôt 47, puisque pour le festival deux monologues seront présentés en khmer.

Shauna O’Mahony, jeune femme dynamique et motivée, est à l'origine du Phnom Fem Fest. Elle souhaitait que le plus grand nombre de Cambodgiens possible prennent conscience de l'existence de l’événement. Elle a donc eu l'idée, en novembre dernier, d'organiser un festival, pour « faire quelque chose de plus grand et ainsi attirer davantage de monde ». Elle espère ainsi atteindre plusieurs milliers de personne, en plus des 600 invités au festival : « Nous pouvons également toucher beaucoup de gens via les réseaux sociaux. Notre stratégie de communication devrait toucher 10 000 personnes dans tout le royaume ».

Le Phnom Fem Fest aura lieu pendant trois jours à la Chinese House, du vendredi 15 au dimanche 17 février. Shauna O'Mahony espère tirer parti de la proximité de l'événement avec la Saint-Valentin pour induire des changements de comportements : « La pression sexuelle est très forte envers les jeunes Cambodgiennes ce jour-là. Nous espérons que notre campagne sera suffisamment efficace. Si au moins une fille ne subit pas de harcèlement sexuel grâce à nous, ce sera déjà une réussite ».

En plus de la fameuse pièce d'Eve Ensler, seule activité payante du festival, Shauna O'Manohy a prévu multiples ateliers tel que du live painting, des concerts, des débats, des films, de la danse, des expositions, d'autres représentations théâtrales... Toutes ces activités sont gérées par plus de cinquante bénévoles cambodgiens et expatriés. « L'idée du festival, raconte-t-elle, est de laisser ces femmes s'exprimer sur le sujet à travers différentes formes artistiques. Il faut qu'elles se sentent à l'aise, qu'elles sachent qu’il n'y a pas de tabous à avoir, qu'on peut parler de ce genre de choses. Sans leur mettre la pression, bien sûr ! ».

L'objectif principal du festival est double, à la fois sensibiliser les Cambodgiens sur les questions d'égalité entre les genres et faire prendre conscience aux femmes cambodgiennes de leurs droits et leur force, parce que « les femmes Cambodgiennes peuvent aussi accomplir de grandes choses ». Le PFF doit, selon son organisatrice, avoir une fonction de catalyseur, afin de créer une communauté féministe, car « il n'y en a pas vraiment ici ». Selon elle, les jeunes générations n'ont pas de modèles qui leur permettent de défier les normes genrées. Le festival sert donc aussi ce but, montrer à ces jeunes filles « qu'il est possible de relever le défi ». C'est pourquoi Shauna O'Mahony a invité des personnalités féminines, comme la chanteuse punk Varthey Ganiva ou la rappeuse Sang Sok Serey, afin que « les Cambodgiennes puissent s'identifier à des femmes admirables ». Pour les 40 ans de la chute des Khmers rouges, le festival a également fait appel à des femmes qui viendront parler de leur vie sous le régime de l’Angkar.

Selon la LICADHO, une des principales ONG de protection des droits l'homme au Cambodge qui enquête notamment sur les violences envers les femmes, il s'agit de favoriser une réappropriation de leur pouvoir par les femmes affin d'arrêter de les confiner au statut de victimes d’injustices et de discriminations, les actions à mener passant d’abord et avant tout par l’accès à l'éducation, à l’accessibilité aux lieux de débats et au droit à la prise de parole dans l’espace public, estime l’ONG.

Pour organiser cet ambitieux projet, Shauna O'Mahony n'est pas totalement seule. En plus du soutien de son équipe de production, elle a créée des partenariat avec des ONG telles que la LICADHO et Feminist voices et la troupe de théâtre anglophone Phnom Penh Players. Son soutien le plus important « reste toutefois la princesse Ermine Norodom ». Tous les groupes contactés ont exprimé leur accord pour participer au festival : « Je n'ai même pas besoin de les convaincre. Tout le monde m'encourage, et semble vouloir être féministe ! ».

Par Marion Joubert - Lepetitjournal.com - 13 février 2019