Vendredi à Genève, le Bangladesh a demandé à la Birmanie de collaborer pour préparer le retour des Rohingyas.

"L'insécurité renouvelée" dans le nord de l'Etat de Rakhine "nous a empêchés d'avoir l'accès indispensable pour mener les activités qui ont été approuvées", a déploré devant la presse le Haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés Filippo Grandi. Selon lui, des milliers de personnes ont été déplacées en raison de ces nouvelles violences.

Quelque 200 autres se sont réfugiées au Bangladesh. Certes beaucoup moins que les plus de 700'000 personnes qui avaient fui la Birmanie après les affrontements dans cette zone à l'été 2017.

L'année dernière, le Haut-Commissariat (HCR) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) avaient conclu un accord avec le gouvernement birman pour pouvoir se rendre dans cette zone. Après deux missions d'évaluation, des projets de développement ciblés pour garantir que les communautés puissent cohabiter avaient été approuvés.

Pas de retour de Rohingyas "immédiat"

M. Grandi ne s'exprime pas sur le scénario selon lequel l'armée birmane a pu provoquer des violences pour retarder l'application de ce dispositif. Il souhaite que "l'accès puisse reprendre" pour que cette assistance aide les réfugiés à décider de rentrer.

M. Grandi a à nouveau demandé à la Birmanie de garantir les recommandations d'une Commission internationale, notamment l'attribution d'une identité et de droits aux Rohingyas. Les autorités birmanes ont toujours jusqu'à présent rejeté de leur côté toute citoyenneté systématique pour les membres de cette minorité musulmane.

Les nouvelles violences "ont détérioré la situation" et ont éloigné encore le scénario d'un un rapatriement "immédiat" de centaines de milliers de Rohingyas, a admis de son côté le ministre des Affaires étrangères du Bangladesh Shariar Alam. Mais elles ne devraient pas "être utilisées comme excuse" par la Birmanie.

Centaines de millions de dollars

Le ministre admet aussi toutefois que les conditions ne sont pas "favorables" pour le retour de plus de 900'000 Rohingyas depuis le Bangladesh. Après un accord avec la Birmanie, son gouvernement avait tenté il y a trois mois d'organiser un premier dispositif pour que 2000 réfugiés puissent rentrer. Mais aucun d'entre eux n'avait accepté. La communauté internationale doit "mettre la pression" sur le gouvernement birman, selon M. Alam.

Vendredi, le HCR et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont appelé à 920 millions de dollars pour aider les réfugiés mais aussi les communautés d'accueil. Des pays ont déjà promis 135 millions. La Suisse a annoncé le versement d'une aide de 10 millions de francs.

Cette aide est "destinée à poursuivre et approfondir les efforts entrepris jusqu’à ce jour dans le domaine de l’eau et de l’assainissement ainsi que dans celui de la protection et de la prévention des catastrophes", précise le Département fédéral des affaires étrangères vendredi dans un communiqué.

En 2018, 69% des fonds demandés avaient été versés. L'année dernière également, la Mission d'établissement des faits sur les violences avait demandé des poursuites pour génocide contre six hauts responsables de l'armée birmane.

Agence Télégraphique Suisse - 15 février 2019