La représentation du génocide perpétré par les Khmers rouges contre leur propre peuple soulève les mêmes interrogations que les autres catastrophes du XXe siècle. Français, d’origine sino-cambodgienne, fils d’une survivante du génocide, Denis Do a choisi la voie du cinéma d’animation, comme le New-Yorkais Art Spiegelman avait pris celle de la bande dessinée pour transmettre l’histoire de son grand-père, survivant de la Shoah, dans Maus.

Sans doute pour se prémunir des périls de la dramatisation à outrance et du voyeurisme, le réalisateur a pris le parti d’un graphisme très simple. Il réussit ainsi à évoquer les paysages du Cambodge, mais ce laconisme nuit aux personnages qui restent des silhouettes pitoyables ou menaçantes.

Laisser l’horreur hors champ

Ces dernières sont celles d’une famille victime de l’évacuation forcée de Phnom Penh, dont les membres sont inexorablement séparés par la mort, la maladie, l’arbitraire des bourreaux. Le scénario (de Denis Do et Magali Pouzol) est pris entre la nécessité de laisser l’horreur hors champ (le film a manifestement vocation à être vu par de jeunes spectateurs) et celle de dire l’histoire telle qu’elle est survenue. Tout aussi recommandable que le graphisme, cette manière de faire rapproche encore le film de la simplification, malgré l’apparition de quelques personnages ambigus, malgré le refus de faire des victimes des figures héroïques.

Ces efforts ne sont pas très différents de ceux qu’a fournis Angelina Jolie lorsqu’elle a réalisé D’abord ils ont tué mon père qui relatait également l’histoire du Cambodge entre 1975 et 1978 à travers le destin d’une famille. Le film de l’Américaine garde sur celui de Denis Do l’avantage d’être interprété en khmer. Autant, sinon plus, que le dessin et la mise en scène, les dialogues en français de Funan et leur interprétation selon les règles du doublage de l’animation affaiblissent le propos du film.

Film d’animation cambodgien et français de Denis Do (1 h 22). Sur le Web : www.bacfilms.com/distribution/fr/films/funan

Par Thomas Sotinel - Le Monde - 6 mars 2019