Le premier ministre Hun Sen a exprimé dimanche 10 mars sa volonté de réintroduire la peine de mort dans le droit cambodgien pour les violeurs d’enfants. Cette déclaration a eu lieu à l’issue de la visite du premier ministre et de son épouse aux victimes d’agressions sexuelles du centre de réhabilitation AFESHIP à Phnom Penh dimanche matin. Hun Sen a notamment indiqué que la peine capitale devait être appliquée dans les cas de viols de mineurs.

« Je veux que la constitution soit amendée afin de permettre la peine de mort pour quiconque viole des enfants, par exemple si un père viole ses enfants, un grand-père viole ses petits-enfants, ou un oncle viole ses nièces », a indiqué le premier ministre, ajoutant qu’il souhaitait que cette modification de la constitution passe par un référendum.

« J’espère que ce message d’avertissement vous mettra en garde, a-t-il prévenu. Si d’autres cas similaires ont lieu, un amendement à la constitution sera réalisé. L’établissement de la peine de mort pourrait être fait par un référendum, car je veux sévir contre les monstres de notre société. »

Le Cambodge a aboli la peine de mort en 1989. Selon le site www.peinedemort.org, 105 pays ont aboli la peine de mort dans le monde. En 2017, la plupart des exécutions ont eu lieu, par ordre décroissant, en Chine, en Iran, en Arabie saoudite, en Irak et au Pakistan selon Amnesty International.

« La peine de mort ne doit pas être réintroduite au Cambodge, un pays qui a déjà connu des massacres et un génocide, car elle pourrait faire l'objet de recours arbitraires dans un contexte où l'impunité, la corruption et le manque d'indépendance de la justice persistent », estime Chak Sopheap, directrice exécutive du Centre cambodgien pour les droits de l'homme (CCHR).

« Le code pénal prévoit déjà de punir les personnes coupables de crimes comme le viol, ajoute la directrice du CCHR. S'assurer que les coupables de viols soient jugés par des tribunaux impartiaux, transparents et efficaces est essentiel pour que cessent ces crimes. Il est par ailleurs nécessaire de ne plus rejeter la faute sur les victimes, mais de leur fournir une assistance afin qu'elles puissent saisir la justice. »

Les défenseurs des droits de l’homme comme Amnesty International ou l’ACAT insistent sur la nécessité d’abolir la peine de mort en raison de son caractère irréversible, du risque d’erreurs judiciaires, du fait qu’elle relève de la vengeance et non de la justice, mais aussi parce qu’elle est non dissuasive, discriminatoire et souvent infligée dans des systèmes judiciaires faussés.

Par Pierre Motin - Lepetitjournal.com - 10 mars 2019