Rescapé d'un camp de la mort khmer rouge dans lequel il a perdu ses parents et une partie de sa famille, Rithy Pahn arrive en France en 1980 à l'âge de 16 ans. Devenu réalisateur, il a passé les trente dernières années à tourner des films et des documentaires dédiés pour la plupart au traumatisme engendré par les crimes du régime khmer rouge au Camboge entre 1975 et 1979.

Un long travail de mémoire qui lui a permis d'explorer, entre autres, les mécanismes du mal dans "S21, la machine de mort khmère rouge" (2002), la figure du bourreau dans "Duch, le maître des forges de l'enfer" (2011) ou encore la thématique de la mémoire et de l'oubli dans "L'image manquante" (2013). Des documentaires qui ont été récompensés par de nombreux prix.

Une quête intime et spirituelle

Pour "Des tombeaux sans noms" qui est présenté en première suisse ces jours-ci dans le cadre du 17e Festival du film et forum international sur les droits humains à Genève (FIFDH), le cinéaste cambodgien a choisi de partir sur les traces de ses proches, qui, eux, n'ont pas réchappé au génocide, afin de faire son deuil.

Un documentaire qui tient une place particulière dans la cinématographie de Rithy Panh. Pour la première fois, le cinéaste franco-cambodgien tourne la caméra vers lui-même dans une quête qui se veut intime et spirituelle. "Il y a plusieurs manières de faire son deuil. Au Cambodge, on parle aux âmes", explique-t-il à la RTS.

Dialoguer avec les âmes perdues

Quarante ans après avoir été déporté dans les camps de travail khmers rouges, le cinéaste est donc retourné sur les lieux à la recherche des âmes de ses proches disparus lors de ce génocide. "Des âmes qui errent et qui n'ont pas eu de sépultures", précise-t-il. Afin de dialoguer avec elles, il a rencontré des devins et suivi des rites. "Il n'y avait pas d'autre manière pour pacifier mon coeur et mon être après cette terrible tragédie".

"J'ai fait ce voyage pour m'asseoir avec les morts" : Rithy Panh, cinéaste. Dans le texte de présentation de son documentaire "Les tombeaux sans noms"

Une démarche personnelle qui lui a donc permis d'aller au fond de lui-même. "Comme lorsqu'il faut se battre pour survivre. On puise alors au fond de soi-même un souvenir intime qui permet de se protéger contre toute forme de destruction ou de dictature", conclut le cinéaste.

"Les tombeaux sans noms", Rithy Panh. A voir dans le cadre du FIFDH à Genève: mardi 12 mars 20h30, Espace Pitoëff (Rencontre avec Rithy Panh) - mercredi 13 mars 17h00, Musée d’ethnographie de Genève, en présence du réalisateur et précédé d’une visite guidée autour de la thématique de la divination - jeudi 14 mars, 21h00, Grütli - Salle Langlois.

Par Renaud Malik - Radio Télévision Suisse - 12 mars 2019