Il s’appelle Thanathorn Juangroongruangkit, il a 39 ans, et pour la presse asiatique, il est « la star montante de la politique thaïlandaise ». La jeunesse se presse à ses meetings, suit ses hashtags sur les réseaux sociaux et adhère à son envie de « dynamiter » une Thaïlande coincée dans de vieux clivages.

Son mouvement Anakot Mai (Future Forward, En avant le futur), créé il y a un an, s’adresse essentiellement à cette frange de 7 millions de 18-25 ans, qui représente 14 % de l’électorat et qui votera, pour la première fois, aux législatives de ce dimanche. Des sondages, qui ne lui accordaient que 10 % des voix en février, le créditent aujourd’hui de 23 %

« Un avenir sans chef de la junte »

Héritier d’une famille qui a fait fortune dans l’automobile, il milite pour un changement de Constitution et des réformes majeures de la vie politique et sociale. Il exhorte ainsi ses militants, qu’il surnomme « nos futuristes », à faire campagne « pour un avenir sans chef de la junte au poste de Premier ministre ».

L’ex-général putschiste et actuel Premier ministre Prayuth Chan-ocha étant clairement visé, l’ambitieux et talentueux Thanathorn est dans le viseur des autorités. Deux procédures judiciaires pèsent déjà comme des épées de Damoclès sur son jeune parti : l’une pour avoir publié une fausse information dans sa biographie, l’autre pour avoir critiqué la junte.

« Détruire notre crédibilité »

« C’est la peur, réagit le jeune milliardaire. Il est clair que nous jouerons un rôle important après les élections. Le seul moyen (des militaires) est de détruire notre crédibilité, avec de fausses informations et grâce à la loi. »

Et la loi, pour l’instant, reste entre les mains des militaires. Même si le Phua Thai, parti du clan Shinawatra, ex-Premier ministre en exil, est favori dans les sondages, le régime s’est arrangé pour en limiter le succès, en modifiant la carte électorale et le mode de scrutin.

Par Carol Isoux - Ouest France - 24 mars 2019