On a pu se rendre compte jeudi 28 mars salle du Manège à Vienne lors d’un concert organisé en partenariat avec Détours de Babel et Jazz à Vienne, qu’elle était aussi une compositrice d’une grande sensibilité, apte à saisir en même temps les ressorts profonds du jazz et ceux de la musique birmane.

De nombreux voyages au Myanmar, le nouveau nom de la Birmanie, désormais débarrassée pour une grande part de la férule des généraux, elle a ramené de nombreuses compositions offrant une fusion réussie entre les deux cultures.

A la tête d’un orchestre de dix musiciens, composé à parité de membres de son quintette et d’artistes birmans, elle a construit un pont sur lequel on a eu grand plaisir à flaner , voire même à s’enflammer.

A côté de la formation classique jazz (piano, contrebasse, guitare, saxo et batterie, les cinq musiciens birmans officiaient pour quatre d’entre eux devant des instruments à percussion traditionnels (tambours, gongs et clochettes), le cinquième usant d’une sorte de hautbois du nom de Nhé au son très particulier.

Pour être plus précis, ces derniers se retrouvaient devant 36 petits gongs placés horizontalement et verticalement, joué avec les baguettes (le Maung Hzaing), voire encore sept gros tambours accordés, joués avec les mains (Chauk Lone Pat) ; voire encore le Siwa, en l’occurrence un mariage de clochettes et de Woodblock, en l’occurrence, un instrument à percussion composé d’un morceau de bois creux sur lequel on tape avec un morceau de bois plein…

Le point de jonction entre les deux musique qui se sont parfaitement fondu pendant tout le concert : la part d’improvisation que chacune des deux musiques recèle.

Les composition d’Anne Paceo peuvent ainsi prendre harmonieusement place au sein de morceaux traditionnels birmans dont s’est inspirée la batteuse. Des compositions qui puisent donc naturellement leur inspiration dans les contes et légendes du Mayanmar évoquant les origines de la terre et des astres, des éléments et de la nature…

Il est vrai qu’Anne Paceo qui est native de Doaloa en Côte d’Ivoire sait ce signifient les confrontations entre cultures, c’est ce qui l’imprègne.

Celle qui a été sacrée « Révélation Jazz 2011 » et qui a déjà six albums à son actif y trouve aussi une extraordinaire énergie.

Il en a fallu pour monter un tel concert nécessitant à la fois le transport de deux tonnes de matériels et des billets d’avions fort onéreux pour faire venir les musiciens de Birmanie !

Pour preuve, depuis qu’elle s’est lancée dans cette aventure franco-birmane baptisée « Fables of Shwedagon », il y a deux ans, elle n’a pu produire que quatre concerts, en s’appuyant notamment sur l’aide de Jazz sous les Pommiers (Coutances en Normandie), le ministère de la Culture et la Sacem.

Les quatre-cents spectateurs présents ce soir là salle du Manège à Vienne ne le savaient pas obligatoirement, mais ils étaient fort chanceux en assistant à un concert-événement rare.

Par Dominique Largeron - Jazz'in Lyon - 31 mars 2019