Un jeune appelé mince et maquillé, de jeunes papas, des amants nerveux se tenant la main - des Thaïlandais de genre très divers étaient rassemblés la semaine dernière pour faire des offrandes et prier dans le Wat Mahabut, temple renommé de Bangkok pour qui veut éviter la conscription militaire.

En Thaïlande, avril rime avec conscription militaire. Chaque année à la même date, l'armée thaïlandaise recrute pour renflouer ses effectifs.

Tous les citoyens de sexe masculin âgés de 21 ans en Thaïlande doivent participer à la campagne annuelle de recrutement destinée à enrôler environ 100.000 personnes pour une période allant jusqu'à deux ans.

Une partie des postes est pourvue par des volontaires désireux de défendre leur Nation, mais, pour le reste, le recrutement se fait selon un tirage au sort au cours duquel, généralement, les jeunes hommes et leurs familles n'aspirent qu'à tirer le fameux ticket noir, synonyme d'exemption, tandis qu'ils redoutent de piocher le ticket rouge qui destine son possesseur à deux ans de service militaire. Une période est synonyme d'angoisse et de stress.

Les moins chanceux seront affectés dans l'extrême sud de la Thaïlande, où une rébellion séparatiste musulmane a fait plus de 7.000 morts depuis 2004 et où les soldats sont une cible de choix.

Pour ceux qui redoutent de tels scénarios, le sanctuaire de Ya Nak ("Grand-mère Nak") dans le temple Wat Mahabut est devenu une halte incontournable dans le quartier On Nut. La légende veut que Nak soit morte en couches pendant que son mari était à la guerre. Une histoire transformée en film à succès dans le royaume.

Sa statue dorée, la représentant avec de longs cheveux noirs, assise en tailleur avec un bébé, est entourée de fleurs, de voitures miniatures, d'offrandes et de costumes traditionnels.

Certains viennent là dans l'espoir d'échapper à un enrôlement alors qu'ils sont les seuls à subvenir aux besoins de leur famille. "Je suis le seul à travailler (...) Nous avons beaucoup de choses à payer, notamment notre voiture", explique à l'AFP Thawatchai Saisawang, père d'une petite fille.

Comme beaucoup de Thaïlandais qui ont grandi avec ces croyances, Pasakorn Raksri, étudiante à l’université, a fait cinq heures de trajet depuis la province de Kanchanaburi pour prier Ya Nak. Femme transgenre dont la transformation n'est pas encore achevée, Pasakorn Raksri ne veut pas non plus être enrôlée. "Mon apparence physique n'est pas exactement ce que l'armée recherche", soupire l'étudiante de 21 ans.

Le royaume est connu pour son importante population de personnes transgenres et celles qui ont suivi des opérations sont dispensées de service militaire. Les autres peuvent être enrôlées et sont alors souvent victimes de harcèlement, d'après des organisations de défense de leurs droits.

Dans la pagode du Wat Mahabut, certains viennent aussi exprimer leur gratitude pour ne pas avoir été recrutés. Après avoir "imploré Ya Nak" de l'aider, Utain Kamrit, ouvrier dans une usine, a tiré le seul ticket noir qui restait. "La première chose qui m'est alors venue à l'esprit était que je devais revenir ici" pour la remercier, raconte-t-il.

La question du service militaire est un sujet sensible en Thaïlande, dirigée depuis 2014 par une junte. L'armée au pouvoir a organisé des législatives pour la première fois fin mars et certaines voix dans l'opposition ont fait campagne en promettant une réduction du budget militaire et la fin de la conscription.

Lepetitjournal.com avec Agence France Presse - 9 avril 2019