Peu d’entreprises québécoises sont présentes en Asie du Sud-Est, mais la Banque Nationale a trouvé au Cambodge un marché bouillonnant qui alimente de plus en plus ses profits.

Dominic Jacques est aux premières loges : à titre de vice-président délégué au développement international à la Banque Nationale, il passe plusieurs semaines par année à Phnom Penh pour suivre les activités d’ABA Bank, la filiale cambodgienne de l’institution montréalaise.

« C’est beaucoup de voyages, c’est dur sur le système, mais c’est nécessaire, dit-il. On ne peut pas faire ça efficacement à distance, il faut aller sur place. »

Le PDG de la Banque Nationale, Louis Vachon, se rend lui aussi régulièrement au Cambodge et son célèbre prédécesseur, André Bérard, siège au CA d’ABA Bank.

La Banque Nationale est entrée au capital d’ABA en 2014. Après avoir investi 322 M$ pour acquérir une participation de 90 % dans ABA, la Banque en tire déjà près de 95 M$ en profits annuels. Cela représente 4,2 % de sa rentabilité totale.

Et ce n’est peut-être que le début. La Banque Nationale prévoit qu’ABA lui procurera des bénéfices de plus de 130 M$ cette année. Si la tendance se maintient, l’institution fera bientôt plus d’argent avec sa filiale cambodgienne qu’avec sa filiale américaine, Credigy, qui a généré des profits de 200 M$ l’an dernier !

Immense potentiel

Depuis une décennie, l’économie cambodgienne progresse en moyenne de 7 % par année. Mieux encore, la croissance du secteur bancaire atteint de 25 % à 30 %. Et pour couronner le tout, ABA est la banque commerciale qui se développe le plus rapidement au Cambodge.

« T’as pas besoin d’avoir énormément d’imagination pour voir que si la croissance économique continue d’être bonne, la demande pour les produits bancaires va exploser », affirme M. Vachon en entrevue au Journal. Le potentiel est immense : près de 60 % des Cambodgiens n’ont pas encore de compte bancaire.

ABA Bank verse des intérêts de 4 à 6 % sur les dépôts et prête à des taux de 12 à 14 %. Elle consent plus de 60 % de ses prêts à de petites entreprises familiales qui empruntent de 5000 $ à 70 000 $ US. Les prêts sont généralement garantis par des immeubles.

La Banque Nationale mise sur sa réputation et sur celle du Canada en mettant son nom en évidence dans les communications et l’affichage d’ABA.

D’abord concentrées à Phnom Penh, capitale du Cambodge, les activités d’ABA se sont ensuite étendues aux autres régions du pays. « C’est la reproduction de notre modèle d’affaires très simple qui nous a permis d’avoir la croissance qu’on a eue », explique M. Jacques.

Mais la Banque Nationale se garde bien de pavoiser. « Pour juger de la qualité d’une banque, il faut la voir performer dans un cycle économique complet ... »

Succès mitigés ailleurs

Les autres incursions de la Banque Nationale dans les pays émergents ont été plus difficiles. Depuis 2014, l’institution a déboursé 222 M$ pour des participations minoritaires dans des banques à l’île Maurice, en Côte d’Ivoire et en Mongolie. Des investissements qui font du surplace.

« Nos partenaires dans ces banques ne veulent pas nous vendre leurs parts et c’est correct. Nous allons donc sortir à moyen terme. Nous ne sommes pas un fonds d’investissement, nous sommes une banque. Nous prenons le contrôle ou nous vendons. »

Par Sylvain Larocque - Le journal de Montréal - 8 avril 2019