Rarement mentionnée dans la presse internationale en dehors des rubriques touristiques, la Thaïlande traverse ces temps-ci une crise politique dont l’issue reste incertaine. Des élections législatives ont eu lieu le 24 mars, les premières depuis le coup d’État militaire qui, en 2014, avait fait tomber le Premier ministre Thaksin. L’armée les a admises pour tenir compte de l’aspiration d’une bonne partie des 69 millions de Thaïlandais à une vie publique démocratique et à des progrès sociaux, dans un pays qui est l’un des plus inégalitaires au monde : 1 % des possédants contrôlent 67 % de la richesse nationale. Aussi bien tous les partis en lice préconisaient-ils une hausse du salaire minimum, des réductions fiscales pour les petites entreprises, et une diminution du budget de l’armée. Ce dernier point étant bien entendu rejeté par le parti des militaires, le Palang Pracharat (L’État du peuple).

Or c’est celui-ci qui est parvenu en tête, avec le plus grand nombre de voix (8 433 000). Le parti Pheu Thai (Pour les Thaïs) de Thaksin, au programme social affirmé, est arrivé second (7 920 000), mais avec un plus grand nombre de sièges, 137 contre 118. Anakot Mai (Le Nouvel avenir) a fait sensation en arrivant troisième (6 265 000) alors qu’il n’a été créé qu’il y a un an par Thanathorn, jeune homme d’affaires (40 ans) qui proclamait : « J’appartiens au 1 % mais je me bats pour les 99 %. » Beaucoup des sept millions de nouveaux électeurs ont sans doute voté pour lui.

Les militaires, qui tiennent l’économie là comme ailleurs (Algérie, Venezuela…), vont-ils faire une place aux politiques ? La Constitution qu’ils ont fait adopter leur attribue la nomination des 250 membres du Sénat. La Chambre basse du Parlement comprend 500 sièges. Il leur faut donc, pour gouverner sans contrainte, disposer d’une majorité de 375 sièges. Ils en ont 368… L’ancien Premier ministre Thaksin affirme pouvoir réunir une coalition pour diriger le pays. Le roi ouvrira le 24 mai les débats du nouveau Parlement. On en saura plus d’ici-là sur les chances de la démocratie en Thaïlande.

Par Jean-Noël de Bouillane de Lacoste - Réforme - 10 avril 2019