Pour Songkran, le nouvel an bouddhique qui a lieu du 13 au 15 avril, qui marque le début de la saison des pluies, la tradition veut que l’on s’arrose d’eau. Des éléphants aspergent les touristes, des combats de pistolets à eau multicolores bloquent la circulation et, dans les temples, les fidèles pulvérisent de l’eau sur les statues de Bouddha.

Sur Khao San Road, l’artère mythique du tourisme bon marché post-soixante huitard, deux jeunes en uniforme scolaire se font tremper par des passants à coups de seaux d’eau et de pistolets à eau.

Le Laos et la Birmanie voisins célèbrent également la fête de l’eau à grand renfort de seaux et de haut-parleurs. À Rangoun, ville en Birmanie, où la fête se nomme Thingyan et dure cinq jours, des enfants lançaient des bulles d’eau et s’amusaient dans des bains de mousse organisés dans les rues tandis que des femmes en habit traditionnel dansaient près de la pagode Sule.

La période de Songkran est réputée être la plus dangereuse pour voyager en raison des millions de Thaïlandais qui retournent dans les provinces en car, camionnette ou moto. Les autorités ont prévenu que de lourdes amendes seraient infligées à ceux qui auront bu de l’alcool avant de conduire. Les autorités thaïlandaises s’attendent à un sombre bilan. Durant les deux jours qui ont précédé le début de la fête, le ministère de l’Intérieur a déjà comptabilisé plus de 100 morts.

Propice aux agressions sexuelles

Les autorités ont averti qu’il était interdit de se montrer nu ou habillé de manière provocante durant les festivités de Songkran. Cet évènement est propice aux agressions sexuelles: selon une enquête de l’association Women and men progressive movement foundation (WMPMF) rapportée par Bloomberg, 60 % des femmes thaïlandaises auraient été harcelées ou agressées durant cette manifestation nationale.

Suite aux interdictions des autorités, l’année dernière, dans la lignée de #Me Too, plusieurs femmes ont protesté envers le gouvernement avec le hashtag #DontTellMeHowToDress («Ne me dites pas comment m’habiller», en français), pour démontrer qu’une tenue vestimentaire n’influe pas sur une agression sexuelle.

Ce samedi au coucher du soleil, des dizaines de milliers de fêtards venus de toute l’Asie sont attendus au festival de musique S20 à Bangkok, avec canons à eau et spectacle pyrotechnique. De célèbres DJs comme Tiësto, Steve Aoki et Fatboy Slim vont se produire durant les trois jours de ce festival, le plus important en Asie.

La controverse des éléphants

Des éléphants aux corps peints de fleurs et de cœurs, ont également été mis à contribution jeudi pour marquer le début de la fête de l’eau en Thaïlande, au grand dam des associations de défense des animaux qui dénoncent les cruautés infligées aux éléphants domestiques. Ces associations affirment que les animaux sont souvent victimes d’abus quotidiens et que leur docilité avec les touristes passe par des rites brutaux de cassage des jeunes éléphants.

Peindre le corps des éléphants ou les faire danser comme cela se fait à Ayutthaya relève de la «cruauté envers les animaux», dénonce Tom Taylor, de Wildlife Friend Foundation Thailand. «Forcer les éléphants à avoir ces comportements qui ne leur sont pas naturels s’obtient par la peur et avec l’usage d’un crochet de métal» pour les frapper, ajoute le responsable de cette ONG qui sauve des éléphants domestiqués pour tenter de les réintroduire dans la nature. Utiliser leurs trompes pour envoyer de l’eau, «c’est la façon naturelle qu’ont les éléphants de jouer», rétorque Laithongren Meepan, le propriétaire du Ayutthaya Elephant Camp.

L’éléphant sauvage a beau être l’animal national de la Thaïlande, ils sont de moins en moins nombreux dans le pays: ils étaient plus de 100.000 en 1850, et ne sont plus que 2700 aujourd’hui. À cause de la déforestation qui les prive d’habitat, ils se sont rapprochés des humains au cours des dernières décennies, mais la cohabitation avec les villageois et les agriculteurs n’est pas toujours facile. De nombreux éléphants sont également victimes de braconnage, ou domestiqués pour le divertissement et le tourisme.

Le Figaro avec Agence France Presse - 13 avril 2019