Des amnisties sont régulièrement annoncées au moment du nouvel an pour désengorger des prisons surpeuplées.

Selon les chiffres communiqués par le président Win Myint, 9.535 des détenus amnistiés sont birmans et 16 sont étrangers.

Deux prisonniers politiques ont été libérés mercredi, a annoncé Aung Myo Kyaw de l'Association d'aide aux prisonniers politiques. Il s'agit de Maran Gam et Zau La. Ils sont membres d'un groupe ethnique armé mais ont été condamnés à la prison à vie en 2000 pour trafic de drogue. Ils auraient été invités par l'armée à une réunion et arrêtés à leur arrivée.

La Birmanie compterait 364 prisonniers politiques.

Sous une chaleur étouffante, des dizaines de personnes ont patienté pendant des heures devant les portes de la prison d'Insein, à la périphérie de Rangoun, dans l'espoir de voir apparaître un proche gracié.

En fin de journée, les prisonniers ont commencé à sortir sous les applaudissements de leurs familles.

Casser des pierres

Un grand nombre des personnes libérées ont déclaré avoir été condamnées pour des faits liés à la drogue. Certaines ont dit avoir été condamnées à de longues peines pour possession de petites quantités de substances interdites.

Paik Paik, 33 ans, raconte avoir été arrêtée en possession de deux comprimés de méthamphétamine et avoir passé quatre ans en prison, sur une peine totale de sept ans, à parfois casser des pierres dans un camp de travail, loin de ses enfants.

A Insein se trouvent Wa Lone et Kyaw Soe Oo, deux journalistes birmans de Reuters condamnés à sept ans de prison pour violation de secrets d'Etat. Ils ne font pas partie des personnes bénéficiant de l'amnistie, a déclaré à Reuters un responsable de la prison. Ils ont reçu le prestigieux prix Pulitzer lundi pour leur reportage intitulé "Massacre en Birmanie".

La Ligue nationale pour la démocratie (LND), parti de la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, avait promis de libérer les prisonniers politiques à son arrivée au pouvoir en 2016.

La semaine dernière, un cinéaste accusé d'avoir diffamé l'armée s'est vu refuser une mise en liberté sous caution et a été envoyé à Insein. Plusieurs poètes satiriques ont été inculpés de diffamation pour avoir diffusé sur internet un spectacle du nouvel an qui critiquait l'armée.

Parmi les prisonniers politiques incarcérés ou en instance de procès figurent des personnes accusées d'avoir critiqué l'armée et des militants appartenant à des minorités ethniques.

Par Thu Thu Aung - Reuters - 17 avril 2019