Le mouvement de protestation intervient quelques jours avant un voyage de la dirigeante du gouvernement civil Aung San Suu Kyi à Pékin pour assister au sommet des Nouvelles routes de la soie, à l'initiative de la Chine.

L'ancienne junte birmane avait signé un contrat en 2009 avec Pékin pour construire le barrage de Myitsone, dans l'Etat septentrional de Kachin, d'un coût de 3,6 milliards de dollars et qui doit générer une production électrique de 6.000 mégawatts.

Avec la période de transition du pays vers la démocratie deux ans plus tard, le mécontentement populaire a fait passer ce projet à la trappe.

Si ce barrage est construit sur le fleuve Ayeyarwaddy, il inondera une région de la superficie de Singapour, et entraînera le déplacement de plusieurs dizaines de milliers d'habitants.

La Chine tente actuellement de mettre la pression sur son voisin pour relancer ce projet controversé.

Les manifestants ont défilé lundi dans les rues de Waimaw, ville de l'Etat de Kachin, situé à 50 km du site sélectionné pour le barrage, en brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Non au barrage de Myitsone" et réclamant que le fleuve "coule librement et pour toujours".

"Myitsone est un héritage de nos ancêtres et nous ne pouvons pas le perdre", a assuré un des manifestants Tang Gun, joint par l'AFP au téléphone.

Le cortège a rassemblé plus de 4.000 manifestants, a-t-il dit, avant d'ajouter que plusieurs milliers de personnes ont signé une pétition soutenant ce mouvement de protestation.

La police locale a pour sa part estimé à 3.300 le nombre de manifestants.

Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a quant lui indiqué dans un rapport publié en 2018 que près de 34 millions de personnes vivent dans le bassin du Ayeyarwaddy, soit presque les deux tiers de la population birmane.

Une étude environnementale, menée il y a cinq ans à la demande du gouvernement, a fortement déconseillé la construction de ce barrage, estimant qu'il altèrerait le cours du fleuve à une grande échelle.

Suu Kyi était également opposée à ce projet avant que son parti n'accède au pouvoir à l'issue des élections de 2015. Mais certains redoutent qu'elle ait changé d'avis, après qu'elle eut indiqué dans un discours en mars qu'il fallait réexaminer la question du barrage "sous un angle plus large".

Agence France Presse - 22 avril 2019