La Cour suprême birmane a rejeté l’appel formé par les deux journalistes birmans de Reuters emprisonnés depuis décembre 2017 pour atteinte à la loi sur les secrets d’Etat. « Ils ont été condamnés à sept ans et cette décision est maintenue », a déclaré le juge de la Cour suprême Soe Naing devant un tribunal de la capitale Naypyidaw, sans fournir plus de détails.

Wa Lone, qui est âgé de 33 ans, et Kyaw Soe Oo, 29 ans, ont déjà passé plus de seize mois en détention. Ils ont été arrêtés alors qu’ils enquêtaient sur le massacre de dix Rohingya au cours d’une opération de l’armée dans l’ouest de la Birmanie.

En septembre 2018, ils avaient été jugés coupables de détention de secrets d’Etat et condamnés à sept ans de prison par la Haute Cour de justice de Rangoun, qui a rejeté un premier appel en janvier.

Pulitzer et « personnalités de l’année »

L’avocat des deux journalistes affirme qu’ils ont été piégés. « Wa Lone et Kyaw Soe Oo n’ont commis aucun crime et il n’y aucune preuve qu’ils aient fait quoi que ce soit, a déclaré l’avocat de Reuters, Gail Gove. Au lieu de cela, ils ont été piégés par la police pour passer sous silence leur reportage véridique. Nous allons continuer à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les libérer le plus rapidement possible ». Il dénonce aussi des vices de forme. Wa Lone et Kyaw Soe Oo sont soutenus par des associations de défense de la liberté de la presse. Leur sort a suscité des réactions indignées à travers le monde.

Après l’annonce du verdict, le responsable des Nations unies en Birmanie, Knut Ostby, s’est dit déçu : « Les Nations unies continueront à réclamer le respect total de la liberté de la presse et des droits de l’homme (…) Wa Lone et Kyaw Soe Oo devraient être autorisés à retourner auprès de leur famille et à continuer d’exercer leur métier de journaliste ».

Leur enquête, complétée par des collègues et publiée en 2018, leur a valu la semaine dernière un prix Pulitzer. Ils ont également été distingués par l’Unesco, qui leur attribuera le 2 mai le Prix mondial de la liberté de la presse, et sont au nombre des journalistes désignés « personnalités de l’année » en 2018 par le magazine Time.

Le Monde avec Agence France Presse et Reuters - 23 avril 2019