«J'ai confiance dans les explications que je vais fournir aujourd'hui (...) Il n'y a aucune preuve», a lancé Thanathorn Juangroongruangkit à son arrivée devant le siège de la commission où l'attendait plusieurs centaines de sympathisants.

Le télégénique milliardaire, âgé de 40 ans, est le fondateur du parti Future Forward («En avant l'avenir»), qui a récolté plus de six millions de voix lors du scrutin du 24 mars, le premier depuis le coup d'Etat de 2014. Il a depuis mis en place une coalition anti-junte avec six autres partis d'opposition et réclame le droit de former un gouvernement après ces élections dont les résultats doivent être annoncés d'ici le 9 mai.

Inculpé début avril pour sédition, Thanatorn est désormais accusé d'avoir détenu des actions dans une société de médias pendant sa campagne électorale, ce qu'il dément. Ces accusations pourraient entraîner sa disqualification et celle des membres de son parti, a averti la semaine dernière la commission électorale, contrôlée par la junte. La commission pourrait aussi décider de transmettre le dossier à la justice, lui faisant courir le risque d'une peine de prison. Son mouvement, désormais troisième force politique du royaume, pourrait être dissous, comme d'autres avant lui.

Thanathorn Juangroongruangkit assure pouvoir prouver que ces actions ont été cédées quelques semaines avant son dépôt de candidature, dénonçant dans un entretien à l'AFP ces nouvelles accusations comme «politiques». «Je savais depuis le jour où nous avons lancé le parti que les menaces viendraient tôt ou tard», a-t-il relevé, ajoutant être «préparé mentalement et physiquement à tout ce qui va arriver». Le jeune dirigeant politique est déjà soumis à une enquête pour la diffusion présumée de fausses informations alors qu'il critiquait la junte dans une discussion sur Facebook l'an dernier.

«Le gouvernement militaire fera tout pour rester au pouvoir. Il est disposé à truquer les élections», a-t-il assuré. Plus d'un mois après les législatives, aucun résultat complet n'est encore disponible et l'opposition dénonce de nombreuses fraudes. Numériquement, la faction pro-junte, le Palang Pracharat, a engrangé le plus de voix, mais le principal parti d'opposition lié à l'ex-premier ministre en exil Thaksin Shinawatra, bête noire des militaires, a raflé davantage de sièges à la Chambre basse, d'après des résultats préliminaires.

Le Figaro avec Agence France Presse - 30 avril 2019