Ils avaient quitté le pays et résidaient au Vietnam où ils ont été arrêtés le 8 mai dernier, selon l’association Human Rights Watch. Depuis, on est sans nouvelles. L’événement semble indiquer une crispation sur la question du crime de lèse-majesté.

Siam, Chucheep et Kritsana sont trois militants républicains qui se cachaient entre le Vietnam et le Laos voisins depuis 2014, année de l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en Thaïlande. Le républicanisme est considéré comme un crime passible de quinze ans de prison, selon l’article 112 du code pénal sur le crime de lèse-majesté.

Le plus connu d’entre eux, Chucheep, surnommé l’« Oncle Sanam Luang », était célèbre pour des émissions de radio où il se lançait parfois dans de violentes diatribes anti-monarchiques et en faveur de la défense des paysans les plus pauvres.

Leur disparition, concomitante avec le couronnement du nouveau monarque thaïlandais Rama X, est d’autant plus inquiétante qu’elle porte à 8 le nombre de dissidents républicains réfugiés morts ou disparus de leur pays d’accueil depuis l’avènement du nouveau souverain. En janvier dernier, les corps de deux d’entre eux avaient été retrouvés sur les rives du fleuve Mékong, éviscérés et remplis de ciment, un type d’exécution qui, selon les experts, indiquerait l’implication de tueurs professionnels.

L'opposant Thanathorn dans l'oeil du viseur

Pourtant, le même jour, on a appris la libération anticipée d’un jeune emprisonné pour lèse-majesté. Le jeune Pai Dao Din, 27 ans, avait écopé d’une peine de deux ans et demi de prison pour avoir partagé sur Facebook un portrait au vitriol du roi écrit par des journalistes de la BBC. Cette libération anticipée très médiatisée n’intervient finalement qu’un mois avant la fin officielle de sa peine. Et dès le lendemain de sa libération, on a appris qu’en réalité Pai était convoqué par le tribunal pour venir témoigner contre un opposant politique de la junte, le jeune milliardaire Thanathorn qui vient de gagner un siège de député après un score remarquable de son parti aux dernières élections. Il est sous le coup d’une procédure pour sédition après avoir aidé de jeunes manifestants lycéens, dont Pai Pao Din, à échapper à la police en 2015.

Un autre activiste anti-junte, Ekkachai Hongkangwan, a d’ailleurs récemment été passé à tabac. C’est la neuvième fois en quinze mois qu’il est tabassé par des hommes en noir, cette fois-ci juste devant le tribunal alors qu’il se rendait à une audience dans le cadre d’une procédure pour avoir organisé des manifestations pour réclamer des élections l’année dernière. Cette série d’événements laisse entrevoir un resserrement inquiétant sur les questions de liberté d’expression dans le pays.

Par Carol Isoux - Radio France Internationale - 17 mai 2019