Ung Bounhor est la présidente de l'association des victimes du génocide. Son mari a été assassiné par les Khmers rouges en 1975, alors qu'il était président de l’Assemblée nationale. Elle raconte son histoire au micro de Jelena Tomic.

En quatre ans à peine, entre 1975 et 1979, près de 2 millions de personnes périssent de faim, de maladie, d'épuisement dans les camps de travail, ou sont victimes d'exécutions sommaires. Ce lundi 20 mai 2019, le Cambodge leur rend hommage. Cette date a été décrétée par les autorités en février. Jusqu'ici, le 20 mai était régulièrement célébré dans le pays comme la « journée de la haine ».

Ung Bounhor, la présidente de l'association des victimes du génocide des Khmers rouges, aurait préféré qu'un autre jour soit choisi. Pour elle, une seule date compte en effet, celle du 17 avril 1975. « Je suis surprise moi-même de cette date du mois de mai, confie-t-elle. Parce que les Khmers rouges sont entrés à Phnom Penh le 17 avril 1975. C'était l’Apocalypse pour le Cambodge. »

Pour sa part, elle quitte Phnom Penh dès le 9 avril, arrivant à Paris le lendemain. Soit une semaine avant que la ville ne tombe aux mains de l'ennemi. « Avant le 9, j’ai vécu sous les bombes des communistes Khmers rouges et je m’occupais des réfugiés qui venaient des provinces à Phnom Penh », se souvient-elle, tandis que par la suite, alors qu'elle se trouve en France, les siens sont décimés.

« Ma famille, dit-elle, a plus de 100 personnes. Les Khmers rouges sont rentrés et ils ont tous été tués. Mon mari étant président de l’Assemblée nationale, il a été pris, torturé, exécuté. Et ce qui est le plus dur pour moi à accepter, c’est qu'il s’était réfugié à l'ambassade de France à Phnom Penh. C'est le Quai d’Orsay qui a refusé l’asile politique. Ils étaient plus de 1 000 personnes dedans. »

Ung Bounhor précise que 800 personnes asiatiques sont ainsi livrées directement aux Khmers rouges comme son mari. « Ils ont tous été exécutés. » Un fait qu'elle a du mal à accepter et qui reste, explique-t-elle malgré ses années passées ensuite en France, « très douloureux ». « Les autres membres de ma famille ont été tués, j'ai perdu plus de 100 personnes », martèle-t-elle.

Elle rappelle que le Haut Conseil des Asiatiques de France, avec la mairie de Paris et celle du XIIIe arrondissement, « ont aidés à avoir un monument, un mémorial à la mémoire des victimes du génocide », inauguré le 17 avril 2018. « Et cette année, le 17 avril 2019, mon association a renouvelé la première commémoration à la mémoire des victimes des Khmers rouges devant une stèle. »

C’est la première stèle hors du Cambodge à célébrer la mémoire des victimes du génocide des Khmers rouges, insiste Ung Bounhor. « Nous en sommes très fiers. C’est peu, mais c’est mieux que rien, et nous avons au moins cela, pour que nos victimes soient à tout jamais dans l’histoire. Parce qu’une fois qu’on a la stèle, ils sont là, ils savent que nous pensons à eux, qu’ils ne sont pas oubliés. »

Radio France Internationale - 20 mai 2019