Future Forward est le nouveau parti réformateur thaïlandais qui milite pour le rétablissement d’une vraie démocratie en Thaïlande.

Le parti est arrivé en troisième position lors des élections du 24 mars, mais doit maintenant faire face à la justice.

« Le futur auquel nous aspirons est un futur où le peuple détient réellement l’ensemble des pouvoirs », tel est le slogan de « Phak Anakhot Mai », « the Future Forward Party ».

« Future Forward Party », littéralement « le parti tourné vers l’avenir » a été crée le 15 mars 2018 par Thanathorn Juangroongruangkit et Piyabutr Saengkanokkkul, et est reconnu depuis le 28 septembre dernier en tant que parti politique.

Aux dernières élections, le parti a obtenu 80 sièges sur 500 dans la chambre basse du parlement, arrivant ainsi en troisième position.

Mais plusieurs députés du parti sont actuellement menacés par des poursuites judiciaires susceptibles d’entraîner l’invalidation de leur mandat.

Thanathorn lui même a été empêché d’assister à la première séance du nouveau Parlement en raison d’une enquête en cours de la Commission Électorale sur le financement de son parti.

Future Forward se veut être un parti réformateur s’appuyant sur des principes démocratiques, et promulguant des valeurs et des objectifs comme la primauté du droit, les droits de l’homme, la dignité humaine, l’égalité des sexes, la diversité culturelle, le développement durable, la décentralisation, la promotion d’un modèle proche de la concurrence pure et parfaite, la mise en place d’aides sociales, la décentralisation et l’amélioration de la qualité de vie en générale.

A la tête du parti : un ancien businessman et un professeur de droit

Thanathorn Juangroongruangkit, ancien vice-président du Thai Summit Group (une entreprise de fabrication de pièces détachées automobiles), est le leader de Future Forward.

« La politique n’est pas toujours et forcément sale. La politique peut être amusante, constructive et même colorée. Il est question de notre vie de tous les jours, de notre qualité de vie, de l’éducation de nos enfants, d’eau potable par exemple » Thanathorn au FCCT (Foreign Correspondents Club of Thailand) le 15 mai dernier

Après avoir débuté un premier cycle en ingénierie, il s’est finalement tourné vers des études politiques et économiques à l’étranger. Avant d’entamer sa carrière commerciale, Thanathorn s’était engagé auprès d’ONG et espérait évoluer au sein des Nations Unies.

Piyabutr Saengkanokkul, est le numéro deux du parti et académicien en droit. Il commence ses études de droit à Bangkok, et obtient finalement une bourse afin de poursuivre ses études en France.

Ainsi, il obtient un master en Droit public et environnemental à Nantes, puis effectue à Toulouse sa thèse sur « La juridiction administrative en Thaïlande : genèse d’une institution ».

Il enseigne jusqu’en 2018 à l’université de Thammasat, publiant de nombreux travaux. A travers sa carrière de professeur, il est arrivé à la conclusion que malgré la capacité des étudiants à comprendre les principes constitutionnels, ils étaient incapables de contribuer au changement de la société. C’est ce qui l’a motivé à fonder le parti de Future Forward.

Thanathorn déclare lors d’une conférence de presse le 15 mai dernier :

« Nous sommes très fier de la diversité culturelle au sein de notre parti. Parmi nos parlementaires, nous avons d’anciens militaires, des membres d’ONG, des artistes et même des fermiers. Vous savez, des personnes qui ont réellement travaillé dans des fermes »,

plaisante-il, avant de donner l’exemple d’une ouvrière issue d’une classe défavorisée du Nord du pays, actuellement membre du parlement au sein du parti.

Il explique que cela n’est actuellement envisageable qu’au sein de Future Forward. Le parti est également fier d’avoir une élue transsexuelle au parlement, Tanwarin Sukkhapisit, et de représenter la communauté LGBT. Cependant Thanathorn regrette la faible proportion de femmes et de LGBT, et souhaite une évolution à ce niveau.

« Êtes-vous le Che Guevara thaïlandais ? », demande-t-on à Thanathorn

En 1932, la Thaïlande obtient sa première constitution et devient alors une monarchie constitutionnelle. Depuis, le pays est marqué par une profonde instabilité politique, avec pas moins de 20 coups d’états et autant de nouvelles constitutions. Sous une apparence démocratique, le pays est en fait contrôlé par une dictature militaire.

Future Forward explique ainsi que beaucoup de Thaïlandais ont perdu tout espoir en la démocratie, considérant même cette dernière comme la cause des conflits sociaux et politiques.

Le parti souhaite ainsi redonner foi en la démocratie, considérant qu’il s’agit de la meilleure alternative politique au système actuel. Future Forward souhaite aussi redynamiser et populariser la politique dans son ensemble, expliquant que la politique c’est « trouver des solutions innovantes, et non des moyens de détruire ses ennemis », « une manière de réaliser ensemble des changements positifs », « un concours dans l’intérêt du public et du collectif, et non dans l’intérêt personnel ».

Thanathorn ne se considère ainsi pas comme le Che Guevara thaïlandais. Il considère que sa politique se veut réformatrice, qu’elle n’est pas radicale mais simplement normale pour de nombreux autres pays.

''« Je vais vous dire comment la politique peut évoluer. Tout d’abord en commençant par ne pas dormir pendant les assemblées, par abolir la corruption, par arrêter l’idolâtrie politique et les fausses informations » Thanathorn au FCCT (Foreign Correspondents Club of Thailand)''

Future Forward souhaite transformer la Thaïlande en s’appuyant sur de nouvelles méthodes de gestion, sur des initiatives créatives, en combinant connaissances pratiques et théoriques, en construisant un nouveau modèle politique transparent. Le parti garde une vision positive et optimiste de l’avenir.

Il souhaite aussi s’appuyer sur le soft power et la promotion de l’art et de la culture. Un « Future Festival » est prévu en fin d’année.

Lors des dernières élections, beaucoup de volontaires se sont joints au parti. « Nous avions tellement de volontaires que nous n’avions pas assez de mission pour tout le monde. Nous aurions dû être plus imaginatif. Maintenant que nous ne sommes plus dans la précipitation d’une élection, nous pouvons prendre notre temps afin d’innover et améliorer cet aspect » déclare Thanathorn.

Dans l’optique de démocratisation et popularisation de la politique, le parti souhaite instaurer un système de votes et des conférences en ligne.

Future Forward insiste sur le fait qu’il est important de décentraliser la politique et l’économie : Bangkok ne doit pas être la seule ville qui présente une perspective d’avenir.

Le parti explique ainsi l’importance des élections locales et régionales, qui ramène la politique au plus proche des citoyens. Le budget doit-il être alloué à une école, un pont, un hôpital, une route ?

L’un des prochains défis du parti est aussi de se construire un avenir stable financièrement.

Future Forward face à la justice

Le parti condamne également les nombreuses irrégularités lors des dernières élections, qui peuvent difficilement être considérées comme « libres ou justes ».

Par exemple, dans le District de Nakhon Pathom, les bulletins ont été recomptés un mois après, et des voies supplémentaires étaient apparues.

Actuellement, les membres du parti doivent faire face à d’importantes affaires judiciaires. Dernièrement Thanathorn a été suspendu du parlement.

Ce dernier est accusé d’avoir transféré des actions dans une société de médias avant les élections, violant ainsi l’article 98.3 de la Constitution, et d’avoir prêté au parti 110 millions de bahts afin de financer la campagne, la loi limitant ces dons à 10 millions par an. En plus d’être suspendu de ses fonctions de député, il risque cinq ans de prison.

Selon le président du parti, la majorité des ces affaires ont commencé après le résultat des élections. Ce dernier suspecte ainsi la volonté de dissoudre son parti.

Si cela devait arriver, et dans le cas où il ne se retrouverait pas en prison, Thanathorn affirme ne pas vouloir retourner dans le business mais plutôt dans le domaine social, et plus particulièrement les ONG, domaine où il aurait souhaité faire carrière.

Par Eléonore Sellin - Thailande-fr.com - 2 juin 2019