Le 1er mai, le premier ministre cambodgien Hun Sen célébrait la fête du travail avec 3700 ouvriers dans une usine textile, au sud de la province de Kandal. Au même moment, environ 2000 personnes, principalement des employés des usines de vêtements et de chaussures, manifestaient près du Wat Phnom dans la capitale. Ces travailleurs exigeaient de meilleures conditions de travail et des salaires plus élevés.

D’après le rapport annuel 2018 de Better Factories Cambodia, un programme créé par l'Organisation internationale du travail (OIT) et la Société financière internationale, le nombre d'usines se conformant au code du travail est passé de 33% en 2014 à 44% en 2018. Ce respect se traduit notamment par la lutte contre les discriminations genrées, le travail des enfants, le harcèlement sexuel, le travail forcé et le respect de bonnes conditions de travail et des normes sécuritaires. Toutefois, selon un rapport d’Oxfam datant du 13 février 2019, plus d’un quart des employés des usines textiles sont des sous-traitants. Ils sont saisonniers ou travaillent à la pièce à partir de maisons, d'entrepôts ou de bâtiments industriels. Ces travailleurs informels sont souvent plus vulnérables aux pratiques de travail abusives qui violent les lois locales et les normes internationales.

Le secteur textile est au coeur de l’économie cambodgienne puisque plus de 650 000 Cambodgiens sont formellement employés par le secteur. C’est celui qui contribue le plus aux recettes d'exportation du Cambodge (73%), mais c'est aussi celui qui crée le plus d’emplois stables pour les jeunes Cambodgiennes. Le revenu que ces travailleuses gagne sert à subvenir à leurs propres besoins mais aussi à ceux de leurs familles. D’après Better Factories Cambodia, plus de 2 millions de Cambodgiens dépendaient indirectement du secteur en 2018.

Ces femmes représente 88% des ouvriers des usines textiles. Pourtant, d’après Sara Park, responsable du programme Better Factories Cambodia, elles sont très souvent silencieuses et laissent la minorité masculine s’exprimer. « C’est pourquoi nous cherchons à promouvoir le leadership féminin dans notre programme. Pour faire changer les comportements et leur donner confiance en elles », indique-t-elle.

En lien avec 557 usines, Better Factories Cambodia organise des inspections d'usines, des formations et des séminaires. « Nous nous rendons sur place et évaluons la situation. Si nous voyons, par exemple, qu’il y a un problème dans la gestion des produits chimiques, nous proposons nos services à l’usine. Nous répondons aux besoins des établissements », explique Sara Park. En 2015, Better Factories Cambodia a dispensé 76 sessions de formation à 1863 participants sur différents modules de formations publiques.

Better Factories Cambodia est aussi en lien avec les employeurs, les acheteurs et le gouvernement afin d’améliorer les conditions de travail des ouvriers tout en augmentant la compétitivité de l’industrie textile cambodgienne. « De meilleures conditions de travail ont un impact positif sur la productivité des usines », soutient Sara Park.

L’institution souhaite concentrer son action en particulier sur les questions de sécurité et de liberté d’association. « Nous essayons d’établir une culture du dialogue, entre travailleurs et employeurs. Ils doivent comprendre quels sont leurs droits et leurs responsabilités. Nous essayons aussi de prévenir les accidents, en préparant aux situations d'urgence », résume la responsable du programme.

Toutefois, selon Sara Park, certains problèmes relèvent du gouvernement cambodgien. Cela vaut pour la qualité des transports par exemple. « J'ai appris il y a une demi-heure qu’une soixantaine de personnes ont été blessées alors qu'elles étaient transportées dans un camion aujourd'hui, sur la route de l’usine. Il faut prendre des mesures au niveau national et industriel », nous confiait-elle durant une interview mardi 4 juin. La responsable du programme ajoute que d’autres problèmes sont complexes car ils ne présentent pas de lien de causalité direct. « Pour comprendre les évanouissements de masse, il faut non seulement tenir compte des conditions de travail, maiss aussi s’intéresser à l’histoire, à la psychologie des travailleurs, à leurs comportements. C’est pourquoi il est nécessaire d’inclure les ouvriers dans les discussions. »

Par Marion Joubert - Lepetitjournal.com - 6 juin 2019