Le «nettoyage ethnique» des Rohingyas pourrait être porté devant la Cour pénale internationale (CPI). La procureure de la juridiction, Fatou Bensouda a annoncé mercredi 26 juin qu’elle demanderait l’ouverture d’une enquête sur la déportation de cette minorité musulmane par la Birmanie vers le Bangladesh. L’enquête portera sur «deux des vagues de violence dans l’État de Rakhine», situé à l’ouest de la Birmanie, «ainsi que de tout autre crime lié à ces événements», a-t-elle déclaré dans une lettre envoyée à la CPI.

6700 Rohingyas tués en 2017

En août 2017, des attaques de postes-frontières menées par des rebelles Rohingyas ont déclenché une répression sans précédent. Au total, 740.000 Rohingyas persécutés par les forces armées birmanes et les milices bouddhistes ont fui vers la Malaisie, l’Indonésie et le Bangladesh voisin. Aujourd’hui encore, ils sont plusieurs centaines de milliers à vivre dans des campements de fortune de Co’x Bazar (Bangladesh), considéré comme le plus grand camp de réfugiés au monde.

6700 Rohingyas, dont 730 enfants de moins de cinq ans, ont été tués dans l’État de Rakhine, entre le 25 août et le 24 septembre 2017, d’après plusieurs enquêtes réalisées par Médecins sans frontières (MSF) en décembre 2017. Des violences qualifiées de «génocide» par les enquêteurs de l’ONU.

Apatrides

Ces musulmans sunnites qui vivent dans un pays où près de 90% de la population est bouddhiste, sont marginalisés depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en 1962. En 1982, la dictature birmane a instauré une loi sur la citoyenneté qui établit la liste des groupes ethniques reconnus dans le pays. 135 au total, regroupés en en huit «races nationales», toutes présentes sur le territoire avant le début de la colonisation britannique, en 1823.

Arrivés au cours de la colonisation britannique, les Rohingyas ne sont pas considérés comme des citoyens birmans à part entière. Ils ont notamment été écartés des élections législatives de 2015, qui porté ont le parti d’Aung San Suu Kyi au pouvoir.

Les juges assignés à cette affaire devront autoriser ou non l’ouverture d’une enquête, a précisé la Cour, sans donner de détails sur la date de leur décision. La déportation présumée de cette minorité musulmane pourrait constituer un crime contre l’humanité.

Le Figaro avec Agence France Presse - 27 juin 2019