Les opérations de sauvetage se sont achevées le lundi 24 juin au soir en présence du Premier ministre Hun Sen. Au total, 28 personnes sont mortes et 26 ont été blessées. On sait maintenant que l'immeuble n'avait pas reçu les autorisations nécessaires.

On ne connaît pas encore les causes de l’écroulement de l'immeuble de Sihanoukville. On sait en revanche que le chantier n’avait pas reçu les autorisations nécessaires. L’immeuble qui devait faire 2 étages en comptait sept au moment où il s’est effondré et était achevé à 80%. C’est d’ailleurs l’un des points les plus sensibles qui devra être éclairci. Au Cambodge, il est fréquent que les ouvriers dorment sur les chantiers. C’est ce qui explique la présence de près de 60 personnes sur le site à l’aube samedi matin quand le bâtiment s’est effondré.

Fièvre immobilière à Sihanoukville

Cet effondrement risque de nourrir les nombreux débats qui portent aujourd’hui sur l’urbanisation effrénée de Sihanoukville. Notamment parce que la fièvre du développement qui touche la station balnéaire est due à l’intérêt grandissant des investisseurs chinois pour l’Asie du Sud Est, région largement intégrée dans le projet de Nouvelles routes de la soie.

Parmi les sept personnes arrêtées en lien avec l’effondrement, quatre sont originaires de Chine, dont le propriétaire et le superviseur de chantier. Sihanoukville est depuis quelques années un chantier à ciel ouvert qui n’a plus grand-chose à voir avec la petite cité côtière qu’elle a été. Elle doit devenir une station balnéaire de haut standing notamment portée par l’industrie du jeu. On comptait 15 casinos en 2015, contre environ 90 établissements aujourd’hui. Ils sont principalement destinés à une clientèle chinoise comme en témoignent les idéogrammes qui figurent désormais sur une majorité des commerces de la ville. Le développement effréné de Sihanoukville fait l’objet de critiques : pollution, problème de gestion des déchets, envol du prix des terrains et hausse de la criminalité avec des craintes de blanchiment d’argent.

L'appétit grandissant de la Chine au Cambodge

Si l’urbanisation galopante de Sihanoukville est un phénomène visible, le gouvernement rappelle la nécessité de ces investissements dans la crise. Présent sur le site de l’effondrement lundi dernier, le Premier ministre Hun Sen s’est agacé de certaines critiques à l’encontre des investissements chinois à Sihanoukville et a tenu à défendre leur intérêt pour le pays en développement. Car le Cambodge se développe vite avec 7,5% de croissance en 2018. Pékin est l’un des principaux partenaires politiques du gouvernement du Premier ministre Hun Sen.

Notamment alors que ce dernier fait face aux critiques de plusieurs États et organisations internationales après les élections législatives controversées de juillet 2018. La Chine est aussi le principal investisseur dans le pays, notamment dans le domaine de la construction. Si le rythme effréné des constructions chinoises est déjà débattu, l’accident de samedi reste effectivement dû à un problème de gouvernance locale. Encore une fois, le bâtiment n’avait pas reçu les autorisations nécessaires et le chantier s’est pourtant poursuivi sans interruption.

Des conséquences politiques

Fait rare au Cambodge, l’effondrement a mené à une démission. Celle de Yun Min, gouverneur de la province de Preah Sihanouk. Quant à Nhim Vanda, ministre à la tête du Comité national de gestion des catastrophes, il a été démis de ses fonctions, critiqué pour son absence et son manque de réactivité dans l’affaire. Les deux hommes vont néanmoins continuer à faire partie de l’administration. Le premier au sein du ministère de l’Intérieur, le second comme conseiller du gouvernement.

D’un point de vue légal, on apprend qu’une commission va réétudier la validité des permis de construire et la qualité des projets de construction de la province de Preah Sihanouk. C’est la première fois que le Cambodge doit faire face à une telle catastrophe et au coût humain de celle-ci. En revanche, il est déjà arrivé que des bâtiments se soient effondrés sans que les enquêtes aboutissent toujours et chaque année des ouvriers trouvent la mort sur des chantiers mal encadrés. D’après certains observateurs, la question de la pérennité de ces annonces subsiste donc. Mardi, l’Organisation internationale du Travail a appelé le gouvernement à agir en urgence pour améliorer la sécurité et la santé des travailleurs cambodgiens sur leur lieu de travail.

Par Juliette Buchez - Radio France Internationale - 27 juin 2019