En mars 2019, le film d’action vietnamien Hai Phuong (Furie en anglais) de la productrice et actrice vietnamienne Ngô Thanh Vân est sorti aux États-Unis, où il a engrangé 395.000 dollars de recettes après deux semaines de projection, se classant même dans le Top 25 du box-office américain. Netflix a aussi acheté ses droits de diffusion sur Internet.

C’est la première fois qu’un film vietnamien était projeté quasi-simultanément dans les deux pays - au Vietnam le 22 février et aux États-Unis le 1er mars. C’est aussi l’une des rares productions d’action vietnamiennes à avoir reçu les éloges des critiques cinématographiques étrangers. Un succès perçu comme une ouverture pour le 7e art national.

Après Furie, le film d’horreur Lât mat: Nhà có khách (Face Off: The Walking Guests en anglais), du réalisateur Ly Hai, a été distribué à la mi-avril aux États-Unis et en Australie. Quatre grands cinémas américains - AMC, Regal Cinema, Cineplex et CGV - l’ont diffusé. Ces changements indiquent que des films vietnamiens pourraient bien réussir à l’étranger et engranger de gros bénéfices. "Ces récents développements montrent que de jeunes cinéastes tentent d’exploiter de nouveaux potentiels", a confié le réalisateur Nguyên Huu Phân.

La "Vietnam touch" à Hollywood

"Les films d’action et d’horreur ont le meilleur potentiel pour être exportés et rivaliser dans les cinémas étrangers", a estimé quant à lui Ly Hai, réalisateur de Lât mat: Nhà có khách. Et d’ajouter que ces deux genres ont leurs "éléments séduisants". "Outre le contenu attrayant et divertissant, ce qui peut toucher le public étranger, ce sont les éléments culturels bien vietnamiens. Par exemple, dans mon film, j’ai incorporé des éléments comme le festival des lanternes et des marchés de montagne, et ce de la manière la plus vivante et la plus émouvante possible", a-t-il expliqué.

Des cinéastes ont également estimé que ces productions vietnamiennes étaient une occasion de présenter la culture nationale au public international, qui la connaît assez mal et a beaucoup de préjugés. "Le cinéma est la chaîne la plus efficace pour promouvoir le Vietnam et son peuple", a estimé Nguyên Huu Phân.

Ngô Thanh Vân, qui a joué le rôle principal dans Furie, a fait remarquer que la culture, la gastronomie et les valeurs traditionnelles vietnamiennes étaient d’excellents éléments à présenter à l’international par le biais du 7e art. "Présenter de belles facettes culturelles est la meilleure façon de promouvoir les productions vietnamiennes sur des marchés exigeants, car ceci les rend uniques et donc compétitives".

Expliquant le succès commercial de Furie, qui s’est classé dans le Top 25 des recettes aux États-Unis deux semaines seulement après sa sortie, Ngô Thanh Vân a considéré que "la présence d’images du pays a été un facteur déterminant". On peut y voir en effet des éléments caractéristiques du delta du Mékong tels que l’áo bà ba (vêtement traditionnel des femmes du delta du Mékong), des scènes fluviales ou de la vie animée de Sai Gon (Hô Chi Minh-Ville aujourd’hui)"…

Le réalisateur Ly Hai a également insisté sur "l’importance d’éléments culturels vietnamiens" pour attirer les cinéphiles étrangers.

Un cinéma qui manque encore de maturité

Ces derniers temps, si quelques films vietnamiens ont connu un certain succès à l’étranger, peu de leurs prédécesseurs ont laissé leur empreinte. En 2013, The Weinstein Company a acheté les droits de diffusion de Dòng máu anh hùng (The Rebel en anglais) pour le marché nord-américain et a diffusé sa version DVD aux États-Unis.

Toujours en 2013, Lua Phât/Once upon a time in Vietnam (Il était une fois au Vietnam) a été acquis par Grindstones Entertainment Group, Lionsgate, Spendid et Sonamu Pictures pour la diffusion dans plus de 20 pays et territoires tels que l’Allemagne, la République de Corée, l’Inde, le Népal… La plupart d’entre eux n’ont pas attiré un large public et n’ont pas réussi à générer de profits conséquents.

La plupart des œuvres cinéma-tographiques vietnamiennes sorties aux États-Unis ont attiré peu de spectateurs. Les revenus furent donc minimes et parfois insuffisants pour couvrir les frais de promotion", a déploré le réalisateur Khoa Nguyên.

Un de ces films fut Giâc mo My (The American Dream OST en anglais), sorti aux États-Unis en 2017. Il n’a été diffusé que dans quelques petits cinémas de ce pays. La productrice Mai Thu Huyên a précisé que son œuvre n’a été distribuée que dans les zones où résidait une importante communauté vietnamienne. Il était donc difficile de réaliser de gros bénéfices.

Un autre facteur est le manque de qualité des films vietnamiens, réel ou supposé. Ngô Thanh Vân a partagé qu’elle avait eu des difficultés à convaincre les distributeurs américains de projeter Furie aux États-Unis. "Ce n’est pas facile, les distributeurs ne connaissent pas grand-chose sur le cinéma vietnamien. Ils doutent souvent de sa qualité", a-t-elle expliqué.

"Outre le manque de qualité, de nombreux films vietnamiens ne délivrent pas un message universel capable de toucher les spectateurs étrangers", a noté Nguyên Thi Bich Thuy, directrice de production de la société Sena Film. "Les films commerciaux vietnamiens suivent principalement les tendances, et même les œuvres dites d’+art et d’essai+ ne parviennent pas à impressionner le public étranger", a-t-elle souligné.

Ils présentent également des lacunes techniques. Malgré les améliorations apportées aussi bien lors du tournage qu’au montage, leur niveau ne peut rivaliser avec celui des industries cinématographiques développées, a déploré Nguyên Thi Bich Thuy. La directrice Mai Thu Huyên, quant à elle, a évoqué le problème du financement: "Les films vietnamiens à petit budget et sans grande qualité ne peuvent rivaliser avec leurs homologues étrangers en termes d’échelle et d’effets spéciaux".

Présenter des œuvres vietnamiennes dans des cinémas étrangers implique également beaucoup d’argent, a informé Ngô Thi Bích Hiên, représentante de BHD, l’une des principales entreprises d’exportation de films vietnamiens à l’étranger. "Nous devons nous rendre dans de nombreux festivals et foires pour les présenter. Se rendre sur place, louer des stands, publier des affiches…. Tout cela a un coût", a-t-elle souligné. Et ces coûts pouvant parfois dépasser les recettes, de nombreux films vietnamiens sont seulement diffusés à l’étranger en version DVD ou à la télévision. Seuls quelques-uns arrivent à se faire une place dans les salles obscures.

"Pour le moment, le profit n’est pas notre priorité. Pour ouvrir de nouveaux marchés, nous devons faire preuve de patience et investir à long terme", a conclu Bích Hiên.

Par Thúy Hà - Le courrier du Vietnam - 29 juin 2019