Alors que ce n'était encore qu'une option il y a quelques mois dans certaines universités, les cours sur les droits de l’homme sont devenus obligatoires pour tous les étudiants en droit birmans, depuis le mois de juin. Une étape importante dans un pays où le gouvernement est régulièrement accusé de violations de droits de l’homme, notamment contre les minorités ethniques.

Pendant très longtemps, lorsque le pays était sous la dictature militaire, le concept des droits de l’homme a été complètement écarté de l’éducation en Birmanie. Des décennies pendant lesquelles le pays était fermé sur lui-même. Au moment où la junte militaire a quitté le pouvoir en 2011, le sujet a commencé à faire son apparition dans quelques universités, avant de devenir obligatoire partout dans le pays, il y a un mois.

Une mise en œuvre complexe

"Ces cours sont très utiles en Birmanie car la population ne sait pas ce que sont les droits de l’homme, explique Kaung Htet Naing, un étudiant en droit à Rangoun de 19 ans. Mais si nous ne savons pas ce que c’est, nous ne pouvons pas être en sécurité. Il y a des violations des droits de l’homme presque partout en Birmanie, comme dans les régions en guerre. Alors, nous, étudiants en droit, nous avons le devoir de partager le plus possible nos connaissances sur ce sujet."

Un enseignement très récent qui s'accompagne de difficultés car les enseignants des droits de l’homme n'ont pas étudié cette matière quand ils étaient à l’université. Les facultés ont commencé à s’intéresser au sujet, en 2012, quand il y a eu un problème de ressources humaines. Ainsi, les années qui ont suivi, des formations ont été organisées par des ONG, ou par la société civile, mais le besoin est toujours présent aujourd'hui, surtout depuis que ces cours sont devenus obligatoires.

Le Danemark, premier contributeur

La Birmanie fait également face à un manque d'outils pour enseigner convenablement le sujet. Peu de livres ont été traduits en birman et peu sont disponibles en anglais, sans compter qu’il y a plusieurs autres langues ethniques dans le pays. Les centres de recherche sur les droits de l’homme se font également rares alors qu'ils sont pourtant nécessaires pour pouvoir donner des cas concrets sur la situation birmane. Des cas qui ne manquent d'ailleurs pas.

La question qui se pose est donc celle des moyens financiers. Pour l’instant, c’est le Danemark qui a soutenu la mise en place de cette formation obligatoire aux droits de l’homme. Mais sur le long terme, si le budget de l’éducation n’augmente pas, cela risque d'être compliqué. Actuellement, il représente seulement 9% du budget national contre 20% en Thaïlande, ou encore 18% au Viêtnam.

Radio Franceinfo - 1er juillet 2019