Le pays du Sud-Est asiatique est le sixième plus gros contributeur mondial à la pollution des océans. Il produit 1,03 million de tonnes de déchets plastiques par an. Selon le gouvernement, les Thaïlandais utiliseraient en moyenne huit sacs plastiques par jour.

« Bye bye plastic bags. » Du haut de ses 11 ans, Ralyn « Lilly » Satidtanasarn pourrait faire rougir de nombreux défenseurs de l’environnement. Depuis quatre ans, cette jeune Thaï-Américaine qui vit dans le centre de Bangkok, se bat pour en finir avec le plastique jetable. Début juin, elle a remporté une grande victoire : après avoir convaincu Central, l’un des plus importants supermarchés de Bangkok, de supprimer les sacs plastiques jetables plusieurs fois par mois, l’entreprise a annoncé qu’elle ne donnerait plus systématiquement de sacs à la caisse. « Le directeur de Central a été le premier à m’écouter, raconte Lilly tout sourire.

L’année dernière, il a accepté de mettre en place des « journées sans plastique », une fois par mois, pendant lesquels il ne distribue aucun sac jetable. Maintenant, ces « journées sans plastique » auront lieu une fois par semaine et l’enseigne ne donnera plus systématiquement de sac à la caisse. C’est génial ! » Dans la foulée de cette annonce, fin mai, d’autres grandes enseignes ont pris le pas comme Big C ou Villa. La petite fille ne compte néanmoins pas s’arrêter là. « Mon objectif maintenant, c’est de les convaincre de supprimer les sacs plastiques complètement ! »

Quiconque est déjà entré dans un magasin en Thaïlande sait à quel point le plastique y est omniprésent. On souhaite acheter une simple boisson pour se rafraîchir, on ressort avec un soda dans un gobelet plastique, lui-même mis dans un sac, avec une paille en prime. D’après une étude réalisée par le gouvernement en 2017, chaque Thaïlandais utilise en moyenne huit sacs en plastique par jour, soit un total d’environ 198 milliards par an. Le pays produit ainsi 1,03 million de tonnes de déchets plastiques chaque année dont plus de 3 % se retrouvent dans la mer, selon des données communiquées par Greenpeace Thaïlande. Malgré plusieurs scandales, dont les images de tortues et baleines mortes après avoir avalé des sacs plastiques qui ont fait le tour du monde, le gouvernement asiatique n’a, pour l’heure, pris aucune mesure radicale.

« Il y avait des déchets partout ! »

Lilly a commencé à militer pour la défense de l’environnement en 2016, après des vacances au bord de la mer dans le sud du pays avec ses parents. Alors âgée de huit ans, elle s’attendait à s’émerveiller devant de grandes étendues de sable et de l’eau turquoise. La réalité est tout autre : elle découvre une plage jonchée de bouteilles en plastique éventrées, de canettes et d’emballages. « Cela ne ressemblait en rien aux photos que j’avais vues sur Internet, se souvient-elle. Ce n’était pas du tout un lieu paradisiaque, il y avait des déchets partout ! »

Aussitôt, elle se met en tête de nettoyer la plage. « J’ai rapidement compris que ça ne servirait à rien à long terme. Dès que j’aurai ramassé une bouteille, quelqu’un en aura jeté deux derrière mon dos, explique-t-elle. C’est là que j’ai eu le déclic : il faut supprimer le plastique de notre quotidien. »

Pendant deux ans, Lilly contacte chaque semaine des représentants du gouvernement, le ministre de l’Environnement et va jusqu’à essayer de rencontrer le Premier ministre Prayuth Chan-Ocha. Les lettres se multiplient, sans réponse. « J’ai commencé à me décourager, admet-elle. J’ai décidé de changer de stratégie : si le gouvernement ne m’écoute pas, je vais parler directement à ceux qui distribuent le plus de sacs plastiques, les supermarchés, et les convaincre d’arrêter ! »

« Au début, je pensais que c’était une lubie d’enfant. Mais petit à petit j’ai compris que ça ne passerait pas, raconte sa mère, Sasie. Alors j’ai décidé de l’aider le plus possible. » Cette dernière lit consciencieusement chaque lettre et texte de pétition qu’écrit sa fille et l’aide à entrer en contact avec les directeurs des centres commerciaux. Une fois dans leur bureau, Lilly agit néanmoins seule avec un simple diaporama, et une bonne dose de confiance. « Au début, ils sont toujours sur la défensive. Ils me regardent de travers se demandant pourquoi une gamine vient leur faire la morale, raconte-t-elle, l’air espiègle. Je commence par leur montrer ce à quoi ressemblera ma planète quand eux seront morts, ou vieux, et que moi je serai adulte. Et je n’hésite pas à faire des yeux de chien battus pour les attendrir. Généralement, cela suffit à capter leur attention et après ils m’écoutent. »

« C’est finalement plus facile d’écouter une enfant »

Depuis plusieurs semaines, dans la lignée du mouvement initiée par la jeune Suédoise Greta Thunberg, Lilly troque ses cahiers d’école chaque vendredi pour des pancartes sur lesquelles est écrit « Bye bye plastic bags » et part manifester dans les rues de Bangkok. « La planète sera toujours plus importante que mes notes », insiste-t-elle. Cette mobilisation de la jeunesse à travers le monde l’a encouragé à se lancer un défi plus grand encore. Elle souhaite aujourd’hui convaincre les grandes firmes multinationales d’abandonner le plastique jetable. Dans sa liste : Nestlé ou encore Coca-Cola qui avait révélé à une association britannique, en mars dernier, produire 3 millions de tonnes de bouteilles en plastique chaque année, soit 200 000 bouteilles par minute.

En parallèle, elle est enfin parvenue à rencontrer le ministre de l’Éducation et travaille actuellement à intégrer des cours de développement et sur l’environnement dans les programmes scolaires. « La force de Lilly, c’est d’être une enfant, affirme sa mère. Elle vient parler aux adultes avec un seul objectif : sauver sa planète. Ce n’est pas une ONG, une association ou une personnalité politique. Elle n’a aucune arrière-pensée. Pour les grandes entreprises, l’écouter leur permet d’améliorer leur image et de devenir des héros qui ont aidé une enfant qui a peur pour son avenir. » Et Lilly de conclure : « Mais si je peux le faire, tout le monde peut le faire ! »

Par Cyrielle Cabot - Asialyst - 5 juillet 2019