Ce commentateur était connu pour ses analyses sur la politique cambodgienne. Notamment pour ses prises de position sans concession à l’égard du parti du Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 34 ans. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont suivi les funérailles de Kem Ley dans les rues de Phnom Penh en 2016. Ce matin pourtant, la plupart des commémorations ont été entravées par les autorités, comme à la station où il a perdu la vie.

Plus d’une cinquantaine de membres des forces de l’ordre encerclaient la station essence ce matin, celle où Kem Ley a été assassiné le 10 juillet 2016. Quelques dizaines de personnes se tiennent malgré tout à distance, comme Sothea : « Je veux lui rendre hommage, car c’est une icône au Cambodge. Quand je vois que d’autres personnes sont venues et qu’on ne peut rien faire, je trouve que c’est très triste ».

Car, plus tôt ce matin, trois hommes ont été emmenés par la police alors qu’ils déposaient des fleurs. D’autres arrivent avec un T-shirt commémorant la vie de Kem Ley. On leur demande de les couvrir. Malgré le climat tendu, Heng est venu boire son café comme d’habitude : « Je crois que je ne fais rien de mal. Je suis un citoyen, comme Kem Ley : c’est mon droit. Nous avons perdu une personne qui osait commenter librement la situation, la réalité ».

L’assassinat du commentateur politique reste un sujet sensible. Alors que des proches du défunt ont dénoncé un acte politique. Des observateurs issus d’organisations de défense des droits de l’homme étaient également présents ce matin. Parmi eux, Am Sam Ath vice-directeur de la Licadho : « Aujourd’hui, il s’agit seulement de commémorer les 3 ans du meurtre de Kem Ley. C’est le droit des citoyens. Je pense que les autorités s’inquiètent que ce soit davantage politisé ».

Mardi 9 juillet, 24 organisations ont encore demandé l’ouverture d’une enquête transparente et indépendante sur les circonstances qui ont entouré la mort de Kem Ley.

Par Juliette Buchez - Radio France Internationale - 10 juillet 2019