«Les affaires en cours d'examen par un tribunal militaire doivent être transférées à un tribunal civil», a annoncé la gazette royale, journal officiel, mardi soir. Cette loi faisait partie des dizaines qui se trouvent annulées sur ordre du général Prayut Chan-O-Cha, premier ministre depuis les élections législatives controversées de mars. Depuis son coup d'Etat de 2014, quelque 2000 personnes ont été jugées par des tribunaux militaires pour des prises de position anti-junte ou crimes de lèse-majesté, une offense passible de plusieurs années de prison dans le royaume.

Mais les militaires conservent le droit de procéder à des perquisitions sans mandat et à garder au secret pendant sept jours tout contrevenant dans les affaires touchant à la «sécurité nationale», une notion vague qui inquiète les ONG de défense des droits de l'homme. «On dirait que la junte est incertaine de réussir à garder le contrôle avec des règles démocratiques, alors ils conservent une carte» leur permettant d'interpeller à tout-va notamment en cas de grandes manifestations d'opposition, commente Anon Chawalawan, de l'ONG de juristes ILaw, interrogé mercredi par l'AFP.

«Les militaires peuvent toujours convoquer les gens de façon arbitraire, les détenir pendant sept jours et perquisitionner leurs domiciles», s'insurge-t-il, jugeant insuffisante la suppression des lois controversées édictées par la junte. En quête de légitimité en tant que dirigeant élu, le Premier ministre thaïlandais doit former sous peu un gouvernement, qu'il a du mal à réunir, ayant dû former une coalition pour décrocher une majorité au Parlement. Cette annonce intervient alors que les ONG dénoncent des attaques de plus en plus systématiques contre les critiques de ce gouvernement d'anciens généraux putschistes. Fin juin, Sirawith Seritiwat, l'un des meneurs de la protestation étudiante, déjà arrêté à plusieurs reprises, a été passé à tabac à Bangkok en plein jour.

Le Figaro avec Agence France Presse - 10 juillet 2019