Plus de mille manifestants se sont rassemblés devant la mairie de Rangoun, portant pour certains des bandanas rouges avec l'inscription «amendez la Constitution de 2008».

La Constitution birmane, qui date de l'époque de la junte, interdit à tout citoyen ayant épousé un étranger ou ayant des enfants étrangers de devenir président. Cette clause avait été spécialement créée pour empêcher les ambitions de la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qui a été mariée à un Britannique. Elle est aujourd'hui de facto chef du gouvernement mais a dû faire nommer un proche à la présidence, ne pouvant elle même occuper le poste.

La Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi, ultra majoritaire au Parlement depuis les élections de 2015, a relancé sa campagne en faveur d'un changement de la Constitution à l'approche des législatives de 2020. Cette manifestation mercredi coïncide avec la présentation au parlement des recommandations de la commission parlementaire dédiée au sujet. «La LND essaye de faire amender la Constitution de 2008, comme elle l'avait promis... Cette Constitution n'est pas équitable», critique parmi la foule de manifestants Daung Mann Hon, écrivain. «Nous espérons que ce processus aboutira avant les élections de 2020», ajoute ce partisan de la LND.

Mais les militaires, qui restent très puissants politiquement malgré l'autodissolution de la junte en 2011, s'opposent à toute tentative de changement de la Constitution. Ils l'ont redit haut et fort ce mercredi au parlement. La Constitution leur assure en effet le contrôle de plusieurs ministères clefs (Intérieur et Défense notamment) et un quota d'un quart de députés militaires, non-élus. «Les députés militaires devraient être du côté du peuple» et permettre un amendement de la Constitution, lance une autre manifestante, Thi Thi Han, femme au foyer. Dans l'après-midi, une manifestation des opposants à toute réforme constitutionnelle a rassemblé plus d'un millier de personnes.

Le Figaro avec Agence France Presse - 17 juillet 2019