Selon le directeur général de la Compagnie aérienne nationale Vietnam Airlines (VNA), Duong Tri Thành, sa société dispose de 115 avions avec 20.000 employés dont 1.200 pilotes, 2.500 ingénieurs et 3.000 hôtesses de l’air.

Pourtant, elle fait face à une pénurie de travailleurs qualifiés après l’apparition de nouvelles compagnies aériennes sur le marché ces dernières années. Rappelons que devenir pilote d’un Airbus A320 ou A321 nécessite une formation de trois à quatre ans minimum. En ce qui concerne l’Airbus A350 et le Boeing 787, la formation peut aller jusqu’à sept ou huit ans.

L’offre est loin de la demande

Pour Nguyên Thành Trung, ancien directeur général adjoint de la VNA, le manque de pilotes inquiète toujours les compagnies aériennes. Il y a une vingtaine d’années, lorsque le Vietnam utilisait une nouvelle génération d’aéronefs, il faisait appel à des pilotes étrangers. À l’heure actuelle, ces derniers ne représentent que 35%.

Trân Quang Châu, président de l’Association des sciences et des technologies de l’aviation du Vietnam, estime qu’en raison de l’importante croissance du marché aérien, la formation n’arrive pas à suivre et que la pénurie de main-d’œuvre, notamment de pilotes, s’accroît.

Actuellement, il n’existe que l’École de formation des pilotes du Vietnam (Viet Flight Training) qui en forme chaque année une centaine. Un nombre encore insuffisant pour répondre aux besoins des compagnies aériennes vietnamiennes.

Le pays dispose de cinq transporteurs: VNA, Vietjet Air, Jetstar Pacific, Vasco et Bamboo Airways. Ils ne cessent d’acheter de nouveaux avions, d’augmenter la fréquence de leurs opérations et d’ouvrir de nouvelles lignes. Un constat qui amplifie la pénurie de pilotes.

Un manque de plan de formation

En effet, la VNA est confrontée à la fuite des cerveaux, car les compagnies aériennes nouvellement créées sont prêtes à proposer un revenu plus élevé pour attirer les pilotes. En avril dernier, la VNA a reçu la démission de plusieurs pilotes partis travailler pour d’autres compagnies aériennes.

“Il s’agit de la loi du marché. Les meilleures compagnies proposent souvent un revenu élevé pour attirer les travailleurs. De plus, avant de s’engager pour une autre compagnie, les pilotes ont respecté leurs contrats avec notamment le remboursement des frais de formation et le préavis de 120 jours”, a souligné un responsable de Bamboo Airways.

Par ailleurs, le ministre des Transports et des Communications, Nguyên Van Thê, a reconnu que certaines compagnies aériennes privées nouvellement créées avaient acheté de nombreux avions mais ne disposaient pas de politiques attractives pour la main-d’œuvre étrangère, ni de plans de formation.

“La guerre des pilotes est due aux salaires et aux régimes de compensation”, a ajouté Phan Thành Trung, Professeur à l’Institut de l’aviation du Vietnam. D’après lui, la façon d’embaucher le personnel de Bamboo Airways n’est pas contraire à la réglementation. En dehors des pilotes vietnamiens, elle a le droit d’engager des étrangers afin d’assurer ses activités en proposant un salaire plus haut que celui de ses concurrentes.

Quant à la VNA, elle possède une bonne politique de formation mais les salaires proposés sont inférieurs à ceux d’autres compagnies... Afin de garder leurs pilotes, les compagnies aériennes doivent améliorer leur rémunération et trouver des solutions adéquates pour éviter une concurrence déloyale. Selon Trân Quang Châu, sur le même type d’avion, les pilotes vont évidemment choisir la compagnie qui paye le mieux. Afin de remédier à cette situation, il a proposé à l’État d’élaborer un plan de formation conforme au développement de la flotte aérienne.

Un responsable de Bambou Airways a déclaré que la compagnie envisageait de former ses pilotes et ses hôtesses de l’air. Une décision qui a pris effet ce mois-ci, avec le début des travaux du futur Institut de formation aéronautique Bamboo Aiways dans la ville de Quy Nhon, province de Binh Dinh (Centre). Cet établissement couvrira une superficie de 10 ha et représentera un investissement total de près de 700 milliards de dôngs (plus de 30 millions de dollars). Une fois opérationnel au premier trimestre 2022, il accueillera près de 3.500 étudiants par an, en mettant l’accent sur la formation de pilotes, d’hôtesses de l’air, de techniciens...

Par Huong Linh - Le Courrier du Vietnam - 21 juillet 2019